Mois de mourante, entre Sanglefroy et la Narse

Ma chère sœur,
J’aurais dû attendre le printemps. Non pas que la première rencontre avec l’homme que je vais épouser me perturbe, mais c’est la route qui est de plus en plus mauvaise. Les orignaux arrivent à peine à fendre les lames de neige. Fhélly a dû se résoudre à rester près de sa mère — et surtout sa sœur — dans le traineau. Mon petit garçon fait pitié, tu devrais le voir. Des rafales de neige retombent sur nous et les chaudes fourrures ont peine à nous isoler. Il faut parfois les renverser pour déneiger l’habitacle.
Il aime marcher avec la garde et poser des questions. Il ne m’interroge plus trop sur la raison de notre départ, comme s’il avait tout bonnement accepté. C’est Ilissia qui m’en veut, je crois. Je sens son regard, tu sais, celui qui juge sans avoir encore vécu ? Celui de sa tante. Elle a vraiment ton regard et une part de toi me rassure si loin de chez moi. Enfin, mon ancien chez moi, comme tu sais.
Le fleuve s’est glacé depuis trois jours. Nous le suivons depuis un peu avant Beschevet et même s’il est plus large ici, la glace s’est imposée. Bientôt, nous verrons des ponts de glace. Je n’en ai jamais vu d’aussi longs. Ça en est presque troublant. Il ne s’agit pas de traverser une rivière à gué ! Les gens sont audacieux, lorsqu’on y pense, oser faire des sentiers d’une rive à l’autre sur de l’eau gelée.
Oui, j’aurais dû attendre le printemps. Je ne voulais pas le souci de retarder encore cette alliance, mais vois-tu, il me semble que j’aurais dû correspondre avec lui. Ne lève pas les yeux au ciel. Tu avais raison. J’aurais pu tenter d’établir un début de communication. Je m’approche d’un inconnu dans une cité si loin de ma contrée natale… Vais-je aimer la mer, tu crois ? Vais-je être capable de m’y faire ?
Je n’ai qu’à observer Ilissia qui me scrute ou Fhélly et son sourire encore naïf. Je sais que je dois le faire. Protéger Sanglefroy, mais surtout, garder mes enfants loin de ces escalades de conflits. Je les sens si terribles. Ai-je fui ? Dis-moi, ai-je simplement pris peur ?
Ta grande sœur sur la route inconnue,
Merime à’Saël de Sanglefroy

Publié par

Marie d'Anjou

Quelques études multidisciplinaires plus tard et quelques déplacements de lieu de résidence, je revisite le panorama et les parfums de mes enfances pour imaginer l'univers des Dissidents. Inspirée de la Côte-Nord (Qc) où j'ai grandi, la région de la Narse tente de véhiculer la même rudesse sauvage et la beauté nordique. Les Appalaches dessinent Cordalme et les Rocheuses canadiennes (sans pourtant les avoir vues), Sanglefroy. Après plusieurs projets avortés au fil des ans, c'est avec les Dissidents que mon écriture plus mûre trouve enfin l'histoire qui persiste sous ma plume et qui s'entête à vivre. Un travail de longue haleine qui demande autant d'inspiration que de bottages de fesses. C'est avec cette histoire que le métier rentre enfin, loin du romantique « poète la tête dans les nues », mais bien celui de l'écrivain devant l'écran à pondre des phrases nulles qui, un jour retravaillées, sauront plaire. Espère-t-on. ;)

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