Les Arbres de Caïa

J’ai assisté, il y a jadis, à une conférence qui parlait du rapport souvent ignoré entre l’esprit et le corps, des effets somatiques par exemple, mais aussi de nos positions physiques qui influenceraient l’esprit, la perception de notre environnement. Je ne me souviens plus de grand-chose sauf peut-être cette idée qui m’avait charmée : on ne peut pas prendre une bonne décision si on est tout avachis. Il faut être droit, enligné de corps pour que l’esprit soit lui aussi droit. Que l’on argumente pour ou contre cette énonciation, qu’on nuance ou qu’on renie au quart de tour, pour être franche, ça ne m’intéresse pas. Je ne cherche pas de valeur scientifique calculable et observable à cette énonciation, mais une valeur culturelle.

Et j’en ai fait un trait coutumier pour mes Dissidents.
Lorsque j’ai réfléchis à nouveau au mot « congruence », j’ai enfin pu saisir ce que j’avais inventé : tout un système de valeurs. Il ne s’agissait plus d’esquisser quelques mœurs mignonnes pour peindre un peuple de couleurs exotiques, calquées de toute façon sur l’occident. Il m’a fallu engendrer des racines jusqu’à la frondaison de toute une façon de percevoir le monde. Et même s’il en reste inévitablement l’influence de ma propre culture, je pourrais aussi dire que les mœurs narsques m’ont influencée en retour. Ou est-ce seulement une révélation progressive de mes valeurs actuelles, telles que modifiées par le temps et l’expérience?

Mais ces arbres, que sont-ils?

Kiosque près de Narse

On dit facilement, surtout en beurrant épais de sauce moralisante hollywoodienne, qu’il faut suivre son cœur. Le cœur et ses impulsions, ses coups de tête (notez l’expression étrange), ses besoins centrés sur l’individu. Le cœur aussi avec ses aspirations, ses rêves, son apaisement. Peut-on suivre que son cœur? Qu’en est-il des autres, du contexte, des pour et contre d’un choix? Réfléchir à nos options en ignorant nos aspirations profondes est aussi source de déchirement. Et que faire, lorsque l’on passe enfin à l’action pour atteindre un but, et que de tout notre corps tremblant, la fuite nous semble la seule avenue? Peut-on suivre que sa tête, son cœur, ses tripes?

Les Arbres de Caïa sont ceci : la raison, l’émotion et l’instinct. Ils sont les trois piliers de l’expérience humaine. Pour les Narsques, Caïa est la mère Nature — et rien de moins, mais aussi rien de plus. Ce n’est ni une divinité ni une entité volontaire. Ses Arbres sont les trois fondements de l’humain et comme chaque pilori se doit d’être solide et bien ancré, les Arbres de Caïa se doivent d’être renforcés.

Pour les Narsques, il ne s’agit pas de vivre sa vie selon son cœur ou en rationalisant ses désirs ou ses actions. La vie, pour eux, est d’apprendre à suivre chaque Arbre, à les enligner, à être en congruence tête, cœur et corps. Il faut suivre tous ses Arbres, dit-on. Aussi faut-il savoir les reconnaitre.

La méditation, ou du moins l’introspection est encouragée chez les Narsques. L’exercice consiste à analyser de façon rationnelle un problème ou une question qui occupe l’esprit en dilemme. Ensuite, on doit investiguer nos sentiments, nos émotions quelles qu’elles soient — négatives ou positives — et d’en comprendre l’origine. L’instinct est alors exploré. Est-on dans un état de fuite, d’attaque ou est-on figé? Pourquoi, et surtout, que peut-on changer pour que ces trois points soient en accord l’un l’autre? Pour être dans un état de congruence avec soi.

Mathesme
Le mot bêtement sorti de la racine grecque pour mathémathiques, j’ai ajouté un s sans rapport avec l’étymologie, juste pour faire . #licensepoétique. Par ce terme, je désigne un trait de caractère plus rationnel, logique, calculateur. On peut facilement voir des savants de sciences pures sous ce « signe », des gens terre-à-terre aussi, plus sérieux que la moyenne peut-être, du moins avec une tête froide quand tout le monde s’énerve.

Cordisaure
Ce n’est pas en lien aucun avec un quelconque dinosaure, malheureusement. Ou heureusement? Ici, j’ai pris les racines Cor— pour « cœur », et Aur— pour « or ». Donc, voilà, tout simplement « cœur d’or ». Il s’agit du trait qui détermine les gens sensibles, émotifs, connectés à leurs sensations, plus facilement éveillés à leurs besoins émotionnels. Les gens empathiques, les artistes, les personnes expressives se retrouvent souvent sous ce signe.

« Les Amassaires sont de ceux, liés à Caïa par leurs entrailles, qui goutent sa sagesse à l’état brut. Rares sont les purs, sans raisonnement ni émoi nécessaires, qui suivent cette voie sans faillir. »
— Extrait de « Spéculations »

Amassaire
Alors là, pas facile d’expliquer l’origine de ce mot. Il faut d’abord faire connaissance avec le mazzérisme. C’est l’idée que le mazzeru sache instinctivement qui sera le prochain défunt qui m’a charmé (#glauque). Une amie de ma mère — qui n’est pas chasseresse à ce que j’en sais — pressent souvent la mort d’un proche et en porte le deuil avant les autres. Lors du décès, elle est prête à soutenir les autres dans leur perte. Ces deux histoires m’ont semblé imprégnées d’intuition et de connexion profonde à l’instinct. Elles dépassent le raisonnement, la logique, et ne trouvent pas non plus leur origine dans les émotions.

J’avais trouvé le mot parfait pour le trait de caractère intuitif. Des gens plus sauvages peut-être que la moyenne, plus bruts en leur essence. Surement sensibles au temps, à l’air, l’atmosphère. Ils lisent leur environnement comme certains lisent les livres ou les regards.

Que vous soyez d’abord un être de tête, de cœur ou des tripes, prenez garde. L’équilibre entre ses trois forces offre une meilleure stabilité, une plus grande satisfaction de vivre. N’oubliez pas, « rares sont les purs qui suivent cette voie sans faillir. »

Publié par

Marie d'Anjou

Quelques études multidisciplinaires plus tard et quelques déplacements de lieu de résidence, je revisite le panorama et les parfums de mes enfances pour imaginer l'univers des Dissidents. Inspirée de la Côte-Nord (Qc) où j'ai grandi, la région de la Narse tente de véhiculer la même rudesse sauvage et la beauté nordique. Les Appalaches dessinent Cordalme et les Rocheuses canadiennes (sans pourtant les avoir vues), Sanglefroy. Après plusieurs projets avortés au fil des ans, c'est avec les Dissidents que mon écriture plus mûre trouve enfin l'histoire qui persiste sous ma plume et qui s'entête à vivre. Un travail de longue haleine qui demande autant d'inspiration que de bottages de fesses. C'est avec cette histoire que le métier rentre enfin, loin du romantique « poète la tête dans les nues », mais bien celui de l'écrivain devant l'écran à pondre des phrases nulles qui, un jour retravaillées, sauront plaire. Espère-t-on. ;)

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