Nordicité et toutes ces sortes de choses exotiques

Étrangement, j’en ai pris conscience seulement récemment. Ma nordicité. Et son omniprésence dans mon écriture. Et depuis, je m’intéresse tendrement à ses vents et ses silences de tombe.
L’hiver, même quand on l’aime pas
Je n’ai jamais particulièrement aimé l’hiver. Je ne fais pas de sport, ne randonne pas sous les bois en raquettes ou en ski, me cache rarement dans un chalet givré, collée au foyer. Et pourtant, je ne suis pas de ceux qui s’en plaignent pendant six mois non plus. Je prends l’hiver comme il vient. Ses froids, ses chaleurs aussi fortement incongrues, ses impossibilités à marcher le pas franc. Je ne crains pas ses rues mal déneigées, ses trottoirs glacés, le sel qui poussière tout et même plus. Sa noirceur me pèse un peu, mais novembre gris est plus lourd qu’avec un manteau blanc. Je m’encabane et attends la fin, et les dernières neiges me semblent aussi belles que les premières, pour bien d’autres raisons. 
J’ai naturellement inscrit cette neige dans mes pages (et quand ça fond, houla…). Elle est une part de mon quotidien, la moitié de ma vie. Elle régule le temps autrement que son antipode estival. Froid, noirceur, silence et blancheur. Il est impossible de ne pas être forgé par l’hiver. La nordicité est mal acceptée dans mon pays. On la nie, on la méprise ou on la fuit. Bornés à suivre un rythme hérité qui ne correspond pas à notre nord. Nous ne sentons pas sa lente pulsation qui suggère, juste comme ça, de prendre plus notre temps. 
J’ai lu quelque part, il y a fort fort lointain, que ma nation, sa culture, avait plus de liens avec les pays nordiques — tels que la Russie ou la Norvège — plutôt qu’avec nos pays d’origine comme la France ou l’Angleterre à cause de son climat boréal. Ce territoire qui nous moule à son temps. Je ne suis même pas étonnée. 
J’ai souvent remarqué une tendance chez les écrivains débutants ou amateurs de placer leur histoire dans un environnement issu de la culture américaine. On comprend l’influence, certes, mais ça me désole toujours. Écrire ce que nous connaissons, c’est aussi écrire sur notre territoire. J’ai réussi à comprendre l’attrait de mon pays lorsque j’ai compris son exotisme… vu par d’autres. Me parler de désert, de vie de montagne, de rizière est pour moi autre chose d’inconnu et d’attrayant. Ma nordicité est donc exotique pour quelqu’un venu d’ailleurs. 
À présent, je veux la décrire, la tourner sur toutes ses coutures, l’explorer. Je la veux symbole et je la veux ambiance. Je la veux à la fois antagoniste et maternelle, l’épreuve du feu par la froidure et silencieuse autant que ces tempêtes geignent. Je la veux sans la justifier. Elle croît de plus en plus dans mon œuvre des Dissidents et j’embrasse toute son amplitude. 
Avez-vous de ces thèmes dans vos récits qui sont omniprésents, qui donnent l’ambiance ou qui sont même récurrents dans vos œuvres? Des sous-thèmes qui vous habitent particulièrement? De ceux que vous aviez inconsciemment intégrés sans même vous en rendre compte?

Publié par

Marie d'Anjou

Quelques études multidisciplinaires plus tard et quelques déplacements de lieu de résidence, je revisite le panorama et les parfums de mes enfances pour imaginer l'univers des Dissidents. Inspirée de la Côte-Nord (Qc) où j'ai grandi, la région de la Narse tente de véhiculer la même rudesse sauvage et la beauté nordique. Les Appalaches dessinent Cordalme et les Rocheuses canadiennes (sans pourtant les avoir vues), Sanglefroy. Après plusieurs projets avortés au fil des ans, c'est avec les Dissidents que mon écriture plus mûre trouve enfin l'histoire qui persiste sous ma plume et qui s'entête à vivre. Un travail de longue haleine qui demande autant d'inspiration que de bottages de fesses. C'est avec cette histoire que le métier rentre enfin, loin du romantique « poète la tête dans les nues », mais bien celui de l'écrivain devant l'écran à pondre des phrases nulles qui, un jour retravaillées, sauront plaire. Espère-t-on. ;)

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