Des Bassates et des hommes

Elles sont maniérées, glaciales, sèches. Elles sont hiérarchisées, castratrices, misandres. Les Bassates offrent aussi des splendeurs architecturales, de grandes œuvres artistiques ou des technologies à faire envier le reste du monde connu. Elles sont les voisins du sud de Narbrocque et sujet du deuxième volet à propos des antagonistes. (Voir Chercher des Noises pour le premier volet).
Une Bassate en plein débat politique.
Sur le thème récurent du sexisme dans l’histoire des Dissidents, les Bassates se retrouvent à l’extrême opposé des Noises. Elles en sont leur miroir, une sorte de doppelgänger. Elles sont la manifestation du sexisme féminin, celui qui dénigre la masculanité, celui dont on parle peu. Je regrette quand même que la seule société franchement matriarcale que j’ai créé soit tout aussi excécrable que son antithèse, mais je voulais explorer ce à quoi une civilisation tout aussi débalancée pouvait ressembler à l’autre bout du balancier.
Et Baslande, ça vient d’où?
À part de porter les affixes lande et bas… bah je vois pas. J’ai dû rêver au mot, puis inventer un gentillé tout bête. Il n’y a pas de code secret ou de subtile recherche de profondeur étymologique là-dedans, ce qui est assez ironique, considérant l’attrait bassate pour ce qui est sophistiqué. La terre du bas. Point. Le féminin dominant est venu plus tard. Ah, d’ailleurs, la langue bassate est par défaut au féminin et doit se décliner au neutre si par malheur il fallait parler des mâles.
Récemment pour un Appel à texte, j’ai entrepris d’écrire le récit d’une ancêtre de la Baslande et l’idée m’est venue de l’appeller Bāssa. Comme si avec elle, elle portait le nom d’une future nation issue de femmes qui avaient vécu des choses horribles. La semence de leur misandrie. J’aime bien.
En parlant des mâles
Oui, oui, il y en a. Éduqués comme bêtes de trait, ou eunuques comme serviteurs pour les plus chanceux. Il y a aussi les hommes du sakral, l’équivalent du harem, lieu sacré où les mâles reproducteurs ont la belle vie. Logé, nourri, mise en forme, camaraderie. Isolés du reste du monde, ces mâles sont éduqués dans l’art de l’amour : érection sur commande, poid de la performance à l’extrême sinon on pend par les couilles. Oui, les hommes l’ont facile au sakral. Tout est relatif.
Concrètement, en chair ça donne quoi?
Deux personnages vont représenter le genre bassate pour le lecteur. Il y a d’abord Frakunzil, supérieure de sa caste, diplomate en Narse pour négocier les intérêts de la Baslande. Elle est tout ce qui a de contrit, coincé, rigide et froid chez son peuple. L’antagoniste qui ne déroge pas de ses principes.
À sa suite, il y a Førida, son assistante chez qui la vie en Narse va la pousser à se remettre en question. Elle osera nuancer ses constructions culturelles, ses a priori. Jusqu’à remettre en cause les intérêts de sa Baslande. Héroïne ou traitresse, tout dépend du vainqueur et de celui qui racontera l’histoire à la fin.
Quel genre d’antagoniste préférez-vous? Nuancé ou bien catégorisé dans un modèle clair? Doit-il être « méchant » ou simplement contraire au protagoniste? Je vous rejoins plus tard sur le 3e volet des antagonistes.

Publié par

Marie d'Anjou

Quelques études multidisciplinaires plus tard et quelques déplacements de lieu de résidence, je revisite le panorama et les parfums de mes enfances pour imaginer l'univers des Dissidents. Inspirée de la Côte-Nord (Qc) où j'ai grandi, la région de la Narse tente de véhiculer la même rudesse sauvage et la beauté nordique. Les Appalaches dessinent Cordalme et les Rocheuses canadiennes (sans pourtant les avoir vues), Sanglefroy. Après plusieurs projets avortés au fil des ans, c'est avec les Dissidents que mon écriture plus mûre trouve enfin l'histoire qui persiste sous ma plume et qui s'entête à vivre. Un travail de longue haleine qui demande autant d'inspiration que de bottages de fesses. C'est avec cette histoire que le métier rentre enfin, loin du romantique « poète la tête dans les nues », mais bien celui de l'écrivain devant l'écran à pondre des phrases nulles qui, un jour retravaillées, sauront plaire. Espère-t-on. ;)

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