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Contenu adulte: sexe, violence et rock n’ roll?

Il suffit d’annoncer son histoire comme adulte pour que l’on pense aussitôt à une version 18+; sexe, violence, drogue, déchéance et cruauté. Soit. Y’a de ça, mais adulte pourrait être bien plus positif que l’on en a l’habitude.

Dépravé dépravant

Mon roman les Dissidents vise un lectorat adulte. Je ne cacherai pas qu’il contient de la violence, du sexe et autres dépravations ci-haut nommées, mais je n’offre jamais rien de gratuit dans tout ça. La sexualité mise de l’avant est enrobée de consentement, caressée de plaisirs, teintée de questionnements et de craintes. Celles que je décris, celles que je montre. Elle n’est pas sale. Elle n’est pas un appât à hormones. La violence se fond au sexe que lorsque l’acte est clairement répressible et celui-là, je le laisse se deviner.

J’ai aimé et suivi les séries Spartacus ou Game of Thrones, mais l’aguichage par la gratuité des scènes érotiques m’a rebuté chaque fois. Vous remarquerez que pour être obligés de suivre la scène inutile, les personnages parlent toujours de politique (oooOOoh, la sensation, parle-moi de rivalité économique, ça m’excite!). On voulait rendre le sujet plus intéressant? Moi, je me sens forcée à endurer le sexe délavé pour apprendre le contexte socio-économique du récit. En ce qui me concerne, mon intelligence en est blessée. Vraiment. Je sais apprécier les sujets adultes sans les bonbons. Surtout les édulcorants.

J’écris ce billet parce que pour moi la catégorie adulte ne se résume pas à ça. Si je cote mon roman de littérature adulte, c’est parce qu’il comporte infiniment plus de dentelle dans le discours, dans les vues et les comportements des personnages, dans les situations ambigües et les réactions composées.

Nuance, nuance, dis-moi qui est le plus terne?

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Photo d’Aniket Deole sur Unsplash

Le contraste noir et blanc a son effet. Il a la qualité d’être clair (et foncé en même temps, oula, c’est déjà complexe cette métaphore…). Les histoires coupées au couteau, ou manichéennes, offrent une forme de catharsis à l’auditeur. Là où les méchants sont affreux et les bons gentils, là où la lutte est pleinement définie et il est évident de choisir selon nos valeurs puisque la quête est porteuse de ces mêmes valeurs, cette histoire-là nous permet de nous défouler par projection. Le choix est évident. Il n’y a pas de flou dans les histoires contrastantes. La bonne voie à prendre est nette.

Les nuances apportent de la complexité aux histoires. On peut retrouver le cadre usuel de base, facilement définissable, mais tout dans l’articulation est retravaillé en relief. Les héros ont des revers qui leur jouent des tours, les antagonistes ont une conscience, les événements détruisent, mais aussi laissent libre cours à une nouvelle création. Le gout devient doux-amer, les tons se multiplient et s’entremêlent. La notion même de bien et de mal est inutile, elle est recontextualisée selon un point de vue particulier.

Il me vient l’exemple des règlements. Les enfants suivent les règles apprises parce que ce sont les règles. Cet encadrement les sécurise et leur permet d’évoluer jusqu’à l’adolescence où elles sont remises en question. Les adolescents confrontent normalement les limites, les poussent, les démontent. Leur autonomie se construit ainsi. Il est sain, à leur âge, de riposter un peu sur tout. L’adulte, idéalement, suit la règle, mais parce qu’il la comprend, il saisit sa raison d’être et approuve son utilisation. L’adulte, idéalement aussi, sait quand la règle ne s’applique plus, lorsqu’elle doit être ignorée ou écartée. Et il accepte les conséquences de ses actes en connaissances de cause. Idéalement. Être adulte c’est ça. Et vous conviendrez que l’âge n’a pas grand-chose à y voir. On n’atteint pas ce niveau de conscience sur tous les aspects de la vie, mais n’est-ce pas là une raison de plus d’écrire des histoires adultes? Pour explorer toutes ces avenues que souvent nous prenons pour acquises?

Le cas de l’os

La série télévisuelle Bones a duré plus d’une décennie. En général, les histoires d’enquêtes ne m’attirent pas. Cette série m’a quand même eu comme auditoire pour quelques raisons dont une étant les relations des personnages (ok, l’humour est pas loin derrière).

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Série « Bones », source: Pure Fandom

Déjà, le couple principal de l’histoire, c’est-à-dire Bones elle-même et l’agent Booth, perdure dans le temps. Ils ne vivent pas de grandes trahisons ni de déchirantes insécurités d’attachement ni de tromperies égoïstes. Ce couple franchit les épreuves de leur métier et ses risques, de leur vie personnelle et amoureuse… en coopération. Ils s’entraident et ils… communiquent. (choc!) Et le pire, c’est que les autres couples de la série… fonctionnent ainsi! (mort!)

En lien avec cet article: Le réalisme qui rehausse

Certes, les personnages vivent des choses hors du commun. Mais ce qui est attachant, c’est de retrouver ces situations où le conjoint énerve, où la compagne se borne, où les mots flagellent. Mais surtout, ces moments quand la poussière retombe et que chacun se remet en question et s’évalue. Le dialogue qui suit est adulte. Ils expriment leurs émotions et la raison de leur comportement, ils expliquent leurs attentes ou leurs besoins. Les conflits, qui font rebondir l’histoire, les amènent à évoluer un peu plus. La nécessité de sexe gras et de violence morbide n’a pas besoin d’être là. Un auditoire adulte sera rassasié par de telles histoires.

18+

Un roman adulte — parce qu’il parle de problématiques adultes — voilà ce que j’énonce pour le mien et surtout ce que j’annonce pour mon lectorat. Les conflits seront sans réponses définitives, les comportements seront évolutifs, les nuances floues, les idées plus complexes. Je n’ai jamais voulu écrire un roman politique et pourtant ce sujet est en premier plan. Je ne comprends rien à la politique, mais ici, il s’agit de mécanismes sociaux et non de machine de propagande ou de dénonciation. J’ai commencé avec un schéma d’intrigue des plus naïfs pour y greffer de la chair et de la contradiction. J’ai complexifié le tout.

Et j’ai surement restreint mon lectorat! Tant pis.

Et vous, à quoi vous attendez-vous d’un roman classé adulte? Pensez-vous systématiquement aux censures pour jeunesse ou vous attendez-vous à des intrigues plus intriquées, nuancées ou complexes? Les problématiques adultes sont-elles obligées de suivre celle de la maturité du lectorat?

À la une, photo d’Andrei Lazarev sur Unsplash

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Publié par

Marie d'Anjou, auteure

Quelques études multidisciplinaires plus tard et quelques déplacements de lieu de résidence, je revisite le panorama et les parfums de mes enfances pour imaginer l'univers des Dissidents. Inspirée de la Côte-Nord (Qc) où j'ai grandi, la région de la Narse tente de véhiculer la même rudesse sauvage et la beauté nordique. Les Appalaches dessinent Cordalme et les Rocheuses canadiennes (sans pourtant les avoir vues), Sanglefroy. Après plusieurs projets avortés au fil des ans, c'est avec les Dissidents que mon écriture plus mûre trouve enfin l'histoire qui persiste sous ma plume et qui s'entête à vivre. Un travail de longue haleine qui demande autant d'inspiration que de bottages de fesses. C'est avec cette histoire que le métier rentre enfin, loin du romantique « poète la tête dans les nues », mais bien celui de l'écrivain devant l'écran à pondre des phrases nulles qui, un jour retravaillées, sauront plaire. Espère-t-on. ;)

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