correspondances narbrocque

Correspondances de Saulque

Cité de Saulque

Papa,

Je suis dans ta cité natale ce soir. J’ai parlé durant tout le souper de cette nouvelle compagne que je devrai épouser. J’ai tourné autour de l’alliance de Sanglefroy et la Narse, tous les avantages ennuyeux à raconter. Ta famille aime les détails. Ils voulaient même savoir si j’avais des affinités avec ma future épouse. J’ai contourné le sujet comme tu t’en doutes. Ça ne les regarde pas à ce point.

Cette discussion m’a fait réfléchir. Sur toi. Sur qui tu es et ce que tu as dû faire. Grâce à toi, la région de Cordalme est unie à la Narse depuis quatre décennies. Elle se sent fière d’être la première alliée de Narse, bien avant Sanglefroy qui «vient de se réveiller», selon eux. Leurs questions sur ma vie intime m’ont fait penser à la tienne — et je crois comprendre pourquoi ils me demandaient tant si je m’entendais bien avec ma compagne. Il est important que nous nous entendions bien. Les répercussions de notre couple se feront sentir dans la gouvernance de nos contrées.

J’en ai la nausée. Le vertige. Notre désir de vouloir aider mutuellement nos nations respectives dépendra de notre bienveillance l’un envers l’autre. Combien d’unions arrangées ont fait périr leurs politiques parce que les époux se haïssaient? As-tu craint cela avec maman? À présent, je suis totalement convaincu de l’importance de choisir des personnes qui ont le potentiel de s’attacher l’un à l’autre, en pure amitié, du moins en grand respect. Notre tradition de passer par une marieuse qualifiée a dû affecter bien plus l’avenir de nos peuples que l’on ne pense. Il ne faudra jamais oublier cela. Respecter les individus. On ne peut être qu’à notre meilleur.

Je m’imagine très bien avec mon épouse. Mon ami Dririard se moque de moi. Il dit que le temps sera un meilleur gage de réponse que mon sentiment présent. Pourtant, ne faut-il pas écouter tous nos sens? Bref, je crois que nous avons le potentiel d’être bien ensemble et ce constat m’a ramené à toi. As-tu eu l’assurance que ton sacrifice en valait la peine? As-tu eu du chagrin? Il me semble tout naturel pour moi de me rapprocher de ma femme, mais toi? Comment pouvais-tu te rapprocher aussi intimement d’une femme?

Je sais que tu as réussi. Je vous vois tous les deux bons amis, votre respect mutuel insuffle une immense fierté aux Narsques. Toi, dans ma situation, mais en plus amoureux d’un autre. Je comprends beaucoup mieux maintenant la dévotion que tu as eue pour Cordalme. Ça me rend fier, si tendrement ému par toi et à la fois bouleversé. Ton sacrifice — parce que c’en fut un — vaut mille fois le mien. Je me plaignais de jouer le jeu politique, d’obliger cette femme à vivre avec moi. Toi mon père, t’es-tu senti forcer dans ces manigances salement politiques? Je ne te cache pas le dégout du revers de mon union avec elle. Je veux à tout prix conserver ce respect mutuel l’un pour l’autre. Comment fait-on?

Nous en parlerons à mon retour à Narse.

Ton fils, Miliac

p.s. Pourquoi Narse n’a pas de mairie comme à Saulque? Ça m’a toujours trituré.

~ ~ ~

Autres correspondances: Entre Sanglefroy et la Narse et Mois de boréale

Ryalme de Narbrocque
Carte du monde de Narbrocque.

 

Photo de Nathan Dumlao sur Unsplash

La relève de la garde

Recevez une nouvelle gratuite dans votre boite de réception!

Publié par

Marie d'Anjou, auteure

Quelques études multidisciplinaires plus tard et quelques déplacements de lieu de résidence, je revisite le panorama et les parfums de mes enfances pour imaginer l'univers des Dissidents. Inspirée de la Côte-Nord (Qc) où j'ai grandi, la région de la Narse tente de véhiculer la même rudesse sauvage et la beauté nordique. Les Appalaches dessinent Cordalme et les Rocheuses canadiennes (sans pourtant les avoir vues), Sanglefroy. Après plusieurs projets avortés au fil des ans, c'est avec les Dissidents que mon écriture plus mûre trouve enfin l'histoire qui persiste sous ma plume et qui s'entête à vivre. Un travail de longue haleine qui demande autant d'inspiration que de bottages de fesses. C'est avec cette histoire que le métier rentre enfin, loin du romantique « poète la tête dans les nues », mais bien celui de l'écrivain devant l'écran à pondre des phrases nulles qui, un jour retravaillées, sauront plaire. Espère-t-on. ;)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s