Le rendez-vous des blogueurs est une idée de Mathieu Turgeon sur son groupe Facebook où il propose un sujet à traiter par mois. Cette fois-ci, je vous propose un changement de carrière. Et si je faisais autre chose?

La flamme carriériste

Ce billet est une fausse piste. Je ne suis pas carriériste, je ne fais ni carrière dans le roc ni dans le monde du travail. Ce n’est pas par manque de privilège ou de possibilité. J’ai étudié jusqu’à l’université, j’ai des compétences manuelles et intellectuelles, j’ai du coeur au ventre. Mais voilà, à l’âge où l’on vous dit que vous pouvez tout faire, que toutes les portes sont ouvertes devant vous, le moindre choix devient inéluctablement un rétrécissement de possibilité.

Autrefois, faire carrière était de monter les échelons d’une hiérarchie, soit de la compagnie pour laquelle l’on travaillait, soit passer de poste en poste dans divers domaines, mais toujours dans le but de gravir certains paliers. Acquérir un statut social enviable et les signes de prestiges qui l’accompagnaient. C’est une vision un peu ancienne, soit, mais ce qu’elle dit est que rester en bas de l’échelle, c’est minable.

Moi j’aime le bas de l’échelle.

Ma motivation première est l’écriture. Si j’ai étudié dans le domaine, ce n’est pas pour en faire profiter des employeurs — souvent extérieurs à mon coin du monde — mais c’est pour moi. Demeurer volontairement au premier degré d’un employeur est la chose la moins stressante au monde (sauf dans le cas de mises à pied faciles… hmmm, ça dépend des courbes économiques). Je ne souffre ni de stress, ni de fatigue, ni de contrainte autoritaire. Je suis un élément libre.

Généraliste

Le simple fait de faire un choix professionnel pour moi a toujours été une restriction de mon potentiel et de mes aspirations. J’aime tout. Je veux connaitre tout. Je suis l’énigme inutile du 20e siècle: une généraliste. Cependant, le 21e lui, il adore. Être un touche-à-tout, et particulièrement dans une optique d’écriture, est la solution. De par ces temps, il faut être flexible, être capable de faire des ponts entre plusieurs disciplines, il faut savoir se recycler au quart de tour. Être généraliste et écrivain, c’est un heureux mariage. Il faut connaitre de tout pour écrire. Il faut être curieux de tout.

Je ne gagne pas beaucoup ma vie, au sens traditionnel où un métier donne des sous que l’on utilise pour vivre confortablement. Je gagne ma vie: celle que je peux vivre en aimant, en écrivant, en inventant des mondes. Le stress est le mal de notre époque, chaque fois que je le croise, je le salut et je repars loin de lui. J’ai fait des choix de vie sans jamais le regretter. Ces choix me mènent là où je suis bien.

Mais le travail honnête?

Je ne pourrais vivre que de ma plume. C’est techniquement possible, mais je ne le souhaite pas tant. Travailler à l’extérieur de ma maison est une façon de garder un contact social aussi basique soit-il avec les gens. C’est aussi un changement de décor qui sort du confinement. Ça oblige à maintenir une discipline pour ceux qui sont plus, disons, mous là-dessus. Perdre du temps au travail est une façon très sure d’exploiter le temps libre pour ce qu’on désire le plus.

Travail honnête? Je paye mes taxes, mon hypothèque, mes dépenses de base. Si je perdais la qualité de vie que j’ai présentement — grâce à mon conjoint qui lui travaille plus longtemps — je préfèrerais mille fois réduire mes biens que de devoir performer dans un travail qui me tuerait tous les jours. Je sais, j’ai déjà vécu. Et j’ai fui. Oh, je peux fuir très vite. Mes jambes sont rodées maintenant.

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Je ne crois pas qu’il faille absolument travailler dans ce que l’on aime le plus. Mais il faut aimer ce que l’on fait. Ma nuance étant ceci: si je suis écrivain et que je me trouve un métier payant dans un domaine où mon écriture est sollicitée continuellement, je vais me bruler. Je n’aurai plus le temps pour mes projets. Je n’aurai plus le gout, arrivée le soir, de faire le même acte. Aimer son travail est y être bien, aimer son entourage, apprécier ses tâches routinières.

J’ai choisi mes jobs dans ce sens. Ça me permet de bouger plus que d’être assise, ça me permet d’user de mon cerveau autrement (ou pas du tout, ce qui est très bien aussi). Ça me permet de conserver en moi ma flamme créatrice parce qu’un travail qui demande rien n’épuise pas ce qui a besoin d’être renouvelé. Ces périodes loin de ma table de travail (le vrai, celui de l’écriture) me permettent le recul et le ressourcement nécessaire à la création. Quand je gagne des sous, je gagnes des idées. Cette équation est ma préférée.

Un autre rendez-vous: Bilan et résolution

Et vous, avez-vous changé de carrière, êtes-vous motivé par l’ascension ou le perfectionnement d’un travail? Avez-vous fusionné travail et vocation? Avez-vous été déçu par le marché du travail et la mythologie que l’on s’est construite?

Photo à la une: Jesus Kiteque

La relève de la garde

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4 réflexions sur “RDV: Changer de carrière

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