202. Un alphabet

Je distingue système d’écriture et alphabet, lequel sera développé ci-bas. Un système d’écriture est une façon de représenter graphiquement une langue, c’est un code qu’il faut apprendre, car il n’a rien d’intuitif ou très peu. Il y a aussi plusieurs techniques différentes pour arriver à cette fin: l’écriture. Commençons par le plus connu, du moins en occident.

Je suis l’alpha et le bêta

Un alphabet est une façon d’écrire en se basant sur les sons. Il est donc plutôt phonologique. Plus ou moins. À défaut d’être de parfaits phonèmes, les symboles de l’alphabet usent aussi de graphèmes pour reproduire les sons. Les graphèmes sont les plus petites unités graphiques d’un son. En français, qui adore les graphèmes de toutes sortes, on retrouve donc pour le simple son /o/ les graphèmes : o, ô, au, eau, eault, ault, aut, ot… et pas que.

Phonologie ou phonétique?
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L’avantage majeur d’un alphabet comme système d’écriture est le nombre assez réduit de symboles, appelés aussi lettres, et donc facile à mémoriser. Ça donne beaucoup de facilité à l’écriture de nouveaux mots, il suffit d’agencer et n’importe qui connaissant le code peu déduire les sonorités du mot. Sans être parfait, et jusqu’à trouver une tendance généralisée, l’alphabet permet des combinaisons infinies.

Un exemple facile est l’alphabet latin. Pour le latin, chaque lettre est un son. Cependant, comme ce même système a été adapté pour d’autres langues avec d’autres sonorités, sans compter l’évolution naturelle sur le temps, cet alphabet a dû faire preuve d’originalité. On retrouve les signes diacritiques (accents, cédille, tildes), les graphèmes à multiples lettres et même de nouvelles lettres (w, k, z, y), pourquoi pas.

Un genre d’alphabet encore plus économe est l’abjad, ou alphabet consonantique. Ici, les graphèmes réfèrent seulement aux consonnes — très peu aux voyelles ou alors seulement lorsqu’une ambigüité s’y glisse. L’arabe, par exemple, utilise un tel alphabet. On pourrait retranscrire grosso modo en français comme suit : tbl (table), tblt (tablette), arbr (arbre), grssrmnt (grossièrement)… Ce genre d’alphabet fonctionne bien pour les langues avec peu de voyelles.

Et l’écriture fut

Il y a deux pressions qui agissent sur un système d’écriture: la nécessité de reproduire le langage actuel et le besoin de comprendre les archives, les vieux documents, l’héritage d’un corpus. Un exemple flagrant d’une écriture qui a traversé le temps est l’anglais et son Great Vowel Shift (GVS) ou le grand changement vocalique.

Toutes les langues changent de son, graduellement, continuellement. Le GVS a ceci de particulier, il a été plutôt intense et on le voit par ce que l’écriture a laissé. Il n’est pas rare d’avoir des graphèmes similaires pour des sons différents. Prenons “oo” qui parfois est /u/ comme cool, drool, pool et parfois /ɔ/, comme dans blood, flood. Dans les deux cas, le phonème est long. C’est qu’il vient de /o:/. Boot se prononçait bo-ot (oui comme botte, son origine!), puis bou-out. Qu’on lise /bu:t/ ou /bo:t/ n’empêche aucunement la compréhension; c’est là l’intemporalité de l’écriture qui conserve sa lisibilité (par contre, la sémantique, oula…).

alphabet écriture
Extrait « Chanson de Roland »
source: Wikipédia

En français, beaucoup de lettres sont demeurées à l’écrit alors qu’oralement elles se sont amenuisées (et même parfois reviennent à l’oral par la force de l’écrit, comme certains reprononcent le “l” final de nombril ou sourcil). Certains instruits ont besoin de leur présence pour conserver l’étymologie du mot, voir les liens familiaux avec d’autres mots (prêt, prête, prêter). Parfois ces héritages sont lourds. Parfois ils sont enrichissants. L’idée est que l’alphabet est rarement purement phonologique. Plus le système sera vieux, plus il portera les marques du temps — ce qui peut être perçu comme prestigieux pour une civilisation, ou un groupe d’instruits.

À l’opposé, des réformes sporadiques cherchent à mettre l’écriture plus à jour. En espagnol, on a vu les “ph” devenir “f” pour établir une certaine régularité: foto, ortografia, alfabeto, etc. (Quoi, comment ça, y’a pas mort d’homme dans le monde hispanique?). Ou alors des lettres disparaissent carrément, comme le “ß” (double ss) qui a disparu en français et qui quitte maintenant l’allemand. La grande s ” ʃ ” dans les vieux textes français trouble souvent le néophyte avec sa ressemblance visuelle au petit f.

La dernière lettre

Pour construire un alphabet, il faut donc décider du nombre de symboles nécessaires; il faut alors avoir une idée précise des phonèmes de cette langue. La construction des sonorités du langage se fait par graphème, soit par symbole unique soit multiple. Et c’est à peu près tout.

Avez-vous appris quelque chose? Est-ce que j’ai oublié un détail important? Avez-vous une anecdote en rapport à un alphabet en particulier?

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Photo à la une: Raphael Schaller

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2 réflexions sur “Construire un univers I. Création d’un système d’écriture 202

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