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La Darctier, moi sauvage

J’étais une enfant sauvageonne. Pouce en bouche, yeux noirs sévères et tignasse blonde. J’observais les gens sans sourire, parait-il. Toute mon enfance, je l’ai passée à me faire des cicatrices aux genoux, user mes mains dans la terre, sur l’écorce et le roc. Canif en poche, pieds nus. Si Vièle vient de moi, elle vient de là, cette fillette qui n’avait pas le bon modèle de petite fille, qu’on appelait un garçon manqué.

Ma primaire féminité, aussi rustre fût-elle, cherchait à se définir. Garçon ne me plaisait pas, mais je l’enviais en l’imitant. Mes parents suggéraient parfois des choses plus délicates, mais toujours en respect de ma personne. Ils m’ont laissé être et c’est graduellement que ma féminité s’est bâtie, loin des sentiers aux rubans bouclés. Encore aujourd’hui, je suis hybride.

Marie d'Anjou auteure blog
Moi vers 3-4 ans.

Nos personnages viennent tous de nous. Il ne s’agit pas d’une copie conforme répliquée, mais de prendre un éclat de notre âme et d’en faire naitre un être autonome. La Darctier est ce tesson brut, surgi de mes escalades dans les arbres. Elle cherche sa place en tant que femme. Une chasseresse, sensible à fleur de peau, elle apprivoise son corps murissant de l’adolescence à l’adulte, du garçon manqué à la guerrière. Corps changeant avec ses faiblesses et ses nouvelles forces qu’elle rencontre. Elle est le modèle de fillette dont j’aurais eu besoin.

Plus athlète que guerrière et contrairement à moi, elle ose et aime parler aux autres, les défier d’un regard joueur, les provoquer d’un verbe piquant. Fille de roturier, son langage cru la caractérise, mais une parole franche, sans pacotilles en dentelles qu’elle déchirerait. La Darctier déplace son air, digne fille de son père. Ses mots sont serments et acèrent ceux qui la défient.

Vièle Bjern Darctier
Vièle Bjern Darctier

À l’origine, elle était secondaire dans l’histoire, voire tertiaire. J’écrivais sur son père, qui est l’ami de Miliac, et je pensais que ce paternel allait prendre la place du bon second. Elle est venue me dire à l’oreille, avec cette voix rauque qui tente le murmure: j’ai une bien meilleure histoire à t’raconter. Ses débuts étaient discrets, mais vite nécessaires à mon histoire. Elle m’a conté sa vie comme on narre un récit autour d’un feu de camp, avec des bonds temporels, des moments clés mis en suspens. Et puis, ce qui m’a touchée est sa fragilité qu’elle tentait de camoufler par ses bravades. J’ai compris la puissance de ce qu’elle porte en elle: un instinct de survie déroutant. Elle a pris toute sa place à partir de là.

Une femme forte et pas que physiquement — et même que je respecte dans mon texte la limite de sa physionomie (elle peut pas renverser des bonhommes de 300kg juste en se penchant, ok? Un peu de réalisme s’il vous plait!) Sa force est ailleurs, dans l’agilité et la rapidité et ce caractère surtout qui s’obstine et s’entête. Un personnage avec un mental solide (qui se cassera pourtant) aidé par sa sensibilité touchante et non le contraire. Elle est un mélange incongru de douceur brusque et une survivante des horreurs de la guerre qui la stigmatisent et la reforgent.

Je dédie ce personnage à toutes les fillettes et garçonnets qui ont besoin d’un modèle féminin différent. Je n’avais pas Mulan ni la princesse Mononoke dans ma jeunesse, encore peut-être Heidi, mais voilà…

fillette sauvage personnage inspiration
Modèle que j’aurais aimé avoir

Rencontrez Vièle pour la première fois dans ma nouvelle La relève de la garde, petite histoire qui illustre déjà les quelques fantômes qu’elle portera dans les Dissidents.

La relève de la garde

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