Construire un univers I. Culture et langue 304

304. Nous étions plus d’un: le pluriel

Ça peut paraitre facile, mais le pluriel, dans la culture, n’est pas seulement l’addition de un plus un. Dans la création de langue, prendre le temps de se demander comment se définit la pluralité peut être très révélateur de la construction mentale d’une communauté.

1 + 1

Dans nos sociétés occidentales, le pluriel commence à deux. Il y a une opposition de nombre entre l’unité et le reste. Dès l’instant où l’unité devient double, que l’on ajoute une seule fois la même valeur, l’unité se transforme en pluriel. Un cheval, deux chevaux; one mouse, two mice.

Le duo

Tous les pluriels commencent à deux. Cependant, il y a des gradations possibles. Le duo, ou le couple, se retrouve dans certaines cultures, anciennes ou contemporaines. On peut distinguer l’unité du duo puis du reste. Il y aura donc des façons de distinguer ces nuances que ce soit dans les désinences, les cas ou les déterminants, les personnes lors de la conjugaison, selon le fonctionnement de la langue.

article précédent: 303. Le genre et l’âge

Un peu de précision… ou pas

L’approche très mathématique sur la question n’est pas particulièrement nécessaire. Est-ce important de détailler le nombre? Est-ce que de dire “un peu” en opposition à “beaucoup” suffit? Ce “peu” est également contextuel. Deux ou trois chevaux, c’est peu, mais dix ou quinze pommes aussi. Cette façon floue de démontrer les quantités peut être un trait culturel particulièrement riche. Il y a place à la confusion, la mésentente ou alors l’anecdote, l’humour et surtout le choc culturel lorsque des rencontres entre plusieurs groupes ont lieu.

«S’ils sont au moins huit!»

À l’opposer, une précision à outrance est aussi très révélatrice d’un système social. Que faire d’une société qui distingue avec ses pluriels entre deux, dix, cinquante et cent? Est-ce que tous les objets sont détaillés avec autant de zèle? Serait-il possible que la nécessité de marquer le nombre des individus soit plus significative que celui des bêtes? Ou à l’inverse! Quelles pourraient en être les raisons, l’histoire? De plus, ces pluriels multiples, sont-ils précis ou de simples approximations suffisent?

C’est zéro

Il y a aussi la question philosophique fatale: qu’en est-il de la notion de zéro? Encore aujourd’hui, certaines communautés n’ont pas la nécessité de nommer cette notion mathématique. Ils ne s’en portent pas plus mal, puisque leur culture est construite en fonction de leur perception du monde où le zéro est inutile: dans les échanges, dans les services, dans les liens entre individus. Peut-on être absolument quitte envers tout le monde et surtout comment calculer ça? Comment les échanges vont-ils continuer si plus personne ne doit rien à personne? Comment la vie va se rythmer si rien ne la met en déséquilibre? Le chaos est peut-être un calme plat!

Un bref article sur le pluriel! Avez-vous des exemples d’usage du pluriel dans d’autres langues? Comment ces notions reflètent-elles la culture, l’histoire d’un peuple?

Photo à la une: Laura Cortesi

Cahier d’exercises

Abonnez-vous et recevez un cahier pratique gratuit dans votre boite de réception!

2 thoughts on “Construire un univers I. Culture et langue 304

Laisser un commentaire