Entre le film Commando (1985) et Taken (2008), n’avez-vous pas déjà remarqué une grande similitude dans le scénario? Un père doit sauver sa fille de méchantes griffes de vilains méchants et doit user de toute la puissance de son entrainement martial pour y arriver. La fille du héros devient la demoiselle en détresse classique. Par contre, d’un long métrage à l’autre, l’une d’elles seulement est un personnage à part entière.

La femme forte

Un personnage complet est une représentation d’un individu dans une œuvre d’art qui, dans une histoire, a un arc narratif. L’arc, c’est une évolution du personnage, c’est-à-dire, qu’à partir de la situation de départ, le personnage vit des obstacles qui le font évoluer, changer, le mettent à l’épreuve. Pour faire bref, un personnage complet est un personnage qui évolue. La notion de femme forte, de plus en plus obscure et indéfinissable, est apparue dans le but de contrecarrer l’image du personnage féminin passif. C’est-à-dire, qui n’évolue pas dans l’histoire, qui est secondaire et qui, comble de l’inertie, n’apporte rien à l’intrigue.

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Taken

Kim, la fille de Bryan Mills (Neeson), est une jeune femme élevée par sa mère et son beau-père dans une tour d’ivoire de gens bien nantis. Son père, Mills, est un ex-agent secret, plein de ressources martiales, de stratégies, d’expertises; l’homme parfait pour lui apprendre à se défendre. Que nenni. Il semble avoir été totalement absent de l’éducation de sa fille qui ne connait rien à l’autodéfense. Advient ce qui devait arriver, Kim est enlevée et son père jure de la retrouver.

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Kim Mills (Grace) dans Taken

Kim est fragile et ne fout rien du reste de l’histoire. On ne la revoit d’ailleurs aucunement durant le déroulement du film, sauf à la fin. (Ce qui n’est pas un spoiler pour ce genre de film, come on, c’est classique). On sait qu’elle risque de devenir une esclave sexuelle, ce qui doit l’angoisser affreusement, mais ce n’est jamais montré. Les événements arrivent presque parce que son père ne lui a jamais appris à se défendre. Elle se fait prendre dès le départ et demeure prisonnière. Demoiselle en détresse, donc.

Commando

Dans ce film, la fille de John Matrix (Schwarzenegger), Jenny, débute l’histoire en s’adonnant à des activités de plein air qui lui apprennent la débrouillardise. Elle pratique aussi avec son père des techniques d’autodéfense. Jenny est donc prise en otage par des méchants qui veulent faire chanter son papa; celui-ci jure de la sortir de là. Demoiselle en détresse par excellence.

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John et Jenny Matrix (Milano) dans Commando

Cependant, le film nous montre à l’occasion l’incarcération de Jenny. Non seulement elle résiste à la peur, mais aussi, elle utilise son environnement (une poignée qu’elle démonte) pour, ma foi, se libérer! Et elle réussit! Pendant que papa détruit tout pour la retrouver, elle s’enfuit, ce qui retarde son exécution et perturbe un peu les plans du méchant (influence sur l’intrigue). Ce sursis permet à son papa de gagner contre sa némésis sans perdre sa fille; son objectif.

Paternité positive

Ces deux films d’action, très sobres dans leur analyse psychologique des personnages, démontrent autant la facilité d’avoir un personnage passif inintéressant que le plus value d’un personnage proactif. L’histoire n’a pas à être revendicatrice de quoi que ce soit, de soulever les tabous, de défigurer un genre pour passer un message. On trouvera bien d’autres défauts à ces deux films, mais dans Commando, on y fait le portrait d’un père qui a compris qu’il vaut mieux montrer à sa fille à se défendre plutôt que de rester innocente et nécessitant une protection toute sa vie. Ce type de personnage secondaire complet ne réduit en rien le protagoniste, au contraire, il le met encore plus en valeur.

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Plus de vingt ans séparent ces deux longs métrages et c’est le plus vieux film qui est le plus innovateur. Tout ça pour un personnage secondaire, voire tertiaire qui est supposé n’être que l’objectif (l’objet) du protagoniste. On pourrait même faire l’histoire de Jenny, de son point de vue, de ses souvenirs d’entrainement, etc. Kim, elle, n’a que sa peur à nous raconter loin de sa tour protectrice. C’est si simple alors de franchir le pas entre un personnage passif à un qui prend sa vie en main. Pourquoi en croisons-nous encore?

photo à la une: Arleen wiese

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