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Construire un univers II. La parturition 103; la douleur

103. la douleur

Comment parler de la douleur d’accouchement dans une fiction lorsque l’on ne connait pas cette expérience? Voici quelques pistes et remises de pendule à l’heure sur cet événement. Afin d’étoffer votre scène vers un meilleur réalisme, ce billet de Construire son univers se penche sur la question.

Crier sa douleur

Ma sage-femme m’avait donné un excellent exemple de la douleur durant mon suivi. Si on se frappe le pied contre le mur brusquement, le supplice est atroce et insupportable. Si on appuie lentement, mais graduellement, la douleur se tolère même lorsqu’elle devient grande.

Quand le travail commence, il commence doucement, par vagues. La femme n’est pas en peine constante; elle a des répits. La parturiente ne hurle pas, du moins pas à ce stade. Si c’est le cas, quelque chose cloche et sévèrement!

Les premières lamentations des femmes en couche ressemblent à s’y méprendre à des gémissements de jouissance. La plainte est rythmée, presque fredonnée. Elle deviendra de plus en plus rauque et gutturale dans l’avancement du travail.

Les spécialistes notent carrément un changement dans la voix de la mère lorsque le col s’ouvre et la poussée commence. La voix devient plus grave, semble-t-il, et émane plus du coffre.

Photo: «The Creation of Man» par Natalie Lennar

Aussi contre-intuitif que ça puisse sembler, ces cris de douleur n’expriment pas tant la douleur. Il ne s’agit pas de hurler au monde sa souffrance, mais bien de la tolérer. Ils servent à faire passer la vague avec patience, endurance, avec espoir que les contractions les plus dures cessent.

Le parallèle avec un chat qui ronronne me parait facile. Le chat n’exprime pas toujours un plaisir, mais parfois le ronronnement lui permet d’endurer son malaise. D’ailleurs, les félines ronronnent lorsqu’elles mettent bas. L’humain vocalise.

Pour la fiction

Une parturiente pourrait se mettre à faire de longs vocables. Plus le travail avance, plus la douleur est pénible. Les gémissements deviennent plaintes, deviennent cris. L’état mental lors du travail, influencé par cette douleur, sera vue dans le prochain billet de la rubrique.

plan de la rubrique Parturition

Je vous invite à visionner des accouchements pris sur le vif (attention, ça commence dans l’action!) pour entendre cette voix. (Inclure le mot-clé raw footage est pratique.) Chaque femme est différente, par contre, et chaque accouchement aussi.

Douleur, non pas souffrance

Il y a deux étapes principales lors du travail. La première partie est l’ouverture du col, où la plupart des femmes tolèrent bien la douleur. La deuxième, la poussée, est où les sensations physiques sont à leur paroxysme.

Le déclenchement médical par l’ocytocine de synthèse pourrait provoquer des contractions puissantes immédiates et des douleurs intenses. Par contre, la science semble avoir évolué, car j’ai été déclenchée ainsi, mais mes contractions ont été douces au départ.

Les contractions sont exactement comme les crampes utérines qui peuvent arriver ici et là dans la vie. En vrai, elles sont une bonne façon de se faire à l’idée, malgré leur désagrément. Selon leur degré, elles s’apparentent à la première partie du travail. Chaque contraction est une vague qui sera plus ou moins intense à son point culminant. Ce n’est jamais soudain, sinon, ce n’est pas normal.

Pour les personnes qui souffrent d’endométriose, j’ignore si la douleur est similaire, vu la nature du problème. Aussi, lors de la poussée, les sensations difficiles au niveau vaginal et périnéal s’ajoutent au malaise utérin.

Douleur, donc, mais non souffrance. La nuance que je veux apporter ici est que la souffrance indiquerait quelque chose d’anormal. Elle serait totalement intolérable et placerait la parturiente en détresse.

Les douleurs de la naissance désorientent parfois, mais il y a une sorte de normalité qui s’installe. Une appréhension angoissante, certes, mais toujours dans la mesure où ces malaises sont surmontables.

La souffrance, celle où la mère entrerait dans une panique par exemple, est une indication de complications. Il y a une phase de découragement vers la fin du travail; elle est passagère. Il ne faut pas confondre ce moment avant le plongeon final et une problématique sévère qui demande une intervention extérieure immédiate.

Pour la fiction

Ce qui est un bon point à retenir est que la douleur est surmontable et s’endure. Le corps de la parturiente est fait pour tolérer ce moment. Surtout si elle est libre de ses mouvements et de son besoin d’exprimer toutes ses humeurs. Idéalement, ce moment doit être dépourvu de tout tabou.

L’éducation sociale de la femme en couche peut jouer sur la perception de sa douleur. Est-elle tough, est-elle endurante ou a-t-elle été éduquée pour se croire une fragile chose délicate qui se briserait? Ses attentes construites par sa culture vont jouer face à cette expérience qui confronte l’esprit au corps. Voire l’expérience elle-même peut transformer cette femme.

Réduire la douleur

Les positions d’accouchement vont jouer sur la sensation de douleur de la parturiente. Plus elle aura une liberté de mouvement, mieux ce sera. On peut imaginer une scène avec plus ou moins de restrictions qui jouera sur le degré d’inconfort de la mère. La femme sait aussi naturellement comment elle préfère se positionner et que cela peut changer selon les étapes du travail.

Précédemment, la parturition 102. Les positions

Il existe des trucs simples qui peuvent distraire le cerveau et réduire sa perception de la douleur. Par exemple, mon conjoint me compressait un point aux chevilles ou dans les mains lors de mes contractions. En temps normal, ça provoque une bonne douleur. Le cerveau capte les deux messages, mais pour cela, il doit réduire le signal de l’un pour entendre l’autre. Ça marche jusqu’à un certain degré, avant la poussée en tout cas. J’en avais des ecchymoses; je demandais à mon conjoint, un peu submergé de me faire mal, de presser plus fort. À ce moment-là, ce n’est plus suffisant.

L’expérience dans l’eau est réputée pour alléger le poids du ventre, réduire la pression sur le bassin, etc. La chaleur détend la mère et ses chairs périnéales. L’endroit de naissance est plus confortable si l’air est tiède et légèrement chaud, température près du corps. Par exemple, dans les pays froids, l’usage du sauna servait souvent aux parturientes. La chaleur était maintenue plus basse que normale, mais sa constance était bénéfique. Les massages ont leur place, évidemment, et tout ce qui profite du sens de la gravité.

Pour la fiction

Si, dans votre scène, les conditions ne sont pas idéales, c’est le moment de corroborer la situation aux douleurs de la parturiente. Ils existent toutes sortes de moyens de gérer la douleur. Certaines sont plus efficaces que d’autres, voire même dangereuses lorsqu’on ignore le mécanisme périnatal. La péridurale a ses avantages, mais son lot d’inconvénients qui peuvent rajouter de la texture à une scène. Des recherches s’imposent alors!

Pour finir, le détail à retenir est que la femme n’est pas dépourvue lorsque la douleur se fait forte. Si elle demeure active, si elle prend le contrôle de son accouchement, elle peut affronter les vagues qui viennent frapper contre elle.

Je souhaite voir des scènes de naissance où la femme n’est plus passive en attente d’un sauveur qui la délivrera. Dans un accouchement avec une parturiente libre, elle est agente de son expérience.

Point suivant: les étapes psychologiques et physiques de l’accouchement

image à la une: Amanda Greavette

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