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Construire un univers II. La parturition 104; les étapes

104. Les étapes physiques et psychologiques d’un accouchement

La parturition, ou accouchement naturel, se fait par étapes physiques, ou biologiques, et on les retrouve souvent en fiction sans trop de précision. Vous apprendrez ici l’évolution physique d’un accouchement, mais aussi — un grand ignoré — l’évolution psychologique de la parturiente. Ce dernier aspect est rarement montré à sa juste valeur et pourtant, il est complémentaire à l’événement.

L’effacement du col et traverser le voile

Lorsque le bébé est à terme, il a normalement la tête en bas, appuyée sur le col utérin. À ce stade, il pousse spontanément avec ses pieds. Ce stimulus aide à provoquer les premières contractions et déclencher la délivrance. Lorsque celles-ci sont régulières et assez fortes, le travail va bon train.

Tout d’abord, la tête du bébé bien positionné fait pression sur le col qui stimule en retour les contractions. Le col, qui était épais et long, s’amincit et se raccourcit. Ce stade se nomme l’effacement du col et c’est ce que les accompagnateurs médicaux vérifient occasionnellement au début. Une fois effacé seulement, le col peut commencer à s’ouvrir. À ce sujet, le meilleur support visuel est une balle prise dans un ballon qui est contracté.

Se couper du monde

Dans la tête de la parturiente, il se produit une concentration grandissante à mesure que cette première partie se complète. Le début du travail peut être un moment d’angoisse, mais aussi de soulagement. Enfin, le bébé va sortir. La fin de la grossesse est inconfortable et le souci de dépasser le terme commence à peser.

L’effet psychologique des contractions, c’est-à-dire l’inconfort, voire les douleurs, amène l’accouchante à se centrer sur l’événement. Une femme en travail s’ancre dans le présent. Ainsi, elle ne tient plus vraiment de conversation, le monde extérieur l’indiffère si elle est en sécurité. Cet état de conscience est souvent sous-estimé, mais c’est dans cet état second que le mécanisme d’accouchement fonctionne le mieux.

Vidéo humoristique qui met en parallèle le sexe et l’accouchement

En fait, le cerveau se branche sur sa zone primitive. Tout ce qui réveille le néocortex (siège de la raison et de la conscience) peut nuire à l’équilibre calibré du processus. En ce sens, même parler handicape ce voyage mental et peut perturber l’accouchement.

Dormir

Les contractions sont alors régulières, inconfortables. Si on laisse la femme suivre ce cours par elle-même, on se rend compte effectivement qu’elle se repose entre les contractions. Elle n’a pas besoin d’être divertie ni de discuter. Plusieurs femmes, à cette étape, dorment, tout simplement.

Elles économisent leur énergie, mais elles plongent aussi plus profondément dans un état alterné. C’est un moment dans l’accouchement qui n’est pas déplaisant. Entre l’éveil et le rêve, la parturiente n’est focalisée que sur les vagues qui la bercent et la ramènent au monde réel.

Pour la fiction

Une femme en travail ne converse plus vraiment; elle se désintéresse du monde extérieur. Alors dans vos fictions, elle doit se sentir en sécurité pour pouvoir se laisser aller, autrement l’accouchement pourrait être interrompu. (On n’accouche pas dans un champ de bataille, quoi.)

Si vous cherchez à rendre une scène de parturition sereine et efficace, retirez, par exemple, tous les éléments de distractions, de danger et d’interventions extérieures. Au contraire, si vous souhaitez rendre la scène plus difficile et y mettre des obstacles, dérangez constamment votre personnage en couche. Empêchez-la de faire son nid et de s’y sentir bien.

La pause et la quiétude

Le col est ouvert à son paroxysme, il ne reste plus qu’à avoir les poussées finales pour l’éjection. Mais voilà, il y a une phase juste entre les deux, souvent ignorée ou mal comprise. Avant la dernière étape, il y a une pause et elle dure autour de 30 minutes sans contractions (voire plus).

article antérieur: La parturition 102 les positions

La parturiente est au sommet d’une montagne mentale. Elle a connu notamment le découragement, l’envie d’abandonner, s’est lassée du travail précédent. Il y a plusieurs heures qu’elle vit cet état et le calme qui survient la plonge vers son inéluctable fin. Normalement, elle est sereine et décidée. Lorsque la tête du bébé s’appuie sur le périnée, les contractions fortes recommencent et l’accouchante en ressent d’instinct le besoin de pousser.

l’axe adrénaline – ocytocine

Les hormones en jeu lors de la parturition sont les mêmes, en fait, que pour les relations sexuelles. Ainsi, le cocktail endorphine, ocytocine, dopamine, même adrénaline joue du coude pour engranger le complexe mécanisme d’une naissance. La plus importante est l’ocytocine, et ce, de la conception aux poussées finales. L’adrénaline, quant à elle, vient à la toute fin pour l’expulsion.

L’ocytocine est en somme la pierre angulaire de toute naissance, de la reproduction à l’allaitement. Elle joue son rôle dans l’orgasme, l’éjaculation, elle contrôle les contractions, elle fait expulser le placenta, replace l’utérus. Elle contribue aussi à l’éjection du lait maternel.

On l’appelle l’hormone de l’amour, car sa sécrétion est stimulée par le bien-être d’être avec des gens qu’on aime, par des câlins, même par partager un repas entre convives aimés.

L’ocytocine a son antagoniste tout aussi puissant: l’adrénaline. Par conséquent, l’une ne peut cohabiter avec l’autre. Si l’une est là, l’autre ne peut venir sans changement dans la situation environnante.

C’est pourquoi réduire le stress est un bienfait pour la parturiente, pendant la conception, la grossesse, mais aussi à l’accouchement et au post-partum. L’adrénaline provoquée par la pression, le sentiment de danger, la sollicitation du néocortex peut nuire à la parturition, voire l’arrêter.

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Source: Benji Aird

Donc, le moment où l’adrénaline prend le dessus sur l’ocytocine arrive, et doit arriver, seulement en toute fin d’accouchement. La mère est éveillée, alerte. L’enfant, qui est encore branché à sa mère, se réveille aussi, prêt à changer du monde marin à aérien. Et c’est bien logique, elle est prête à le protéger.

Pour la fiction

Cette pause peut être exploitée dans une fiction, soit pour y mettre du suspense, soit pour remettre les pendules à l’heure. Ce peut être un moment précieux entre la parturiente et ses accompagnateurs. Vous pouvez aussi doser les moments de stress ou de bien-être et ajuster leurs impacts sur la naissance en cours.

Vous voulez des complications? Si une situation fait naitre un sentiment de danger, le tout risque de complètement dérailler, ou au contraire, permettre aux protagonistes de remaitriser la situation avant qu’une telle conséquence ne jaillisse. Vous connaissez les mécanismes, vous pouvez manipuler les fils.

Les poussées et les hautes vagues

La phase d’engagement commence lorsque le bébé descend dans le bassin. Il tourne sur lui-même et s’ajuste au corps de sa mère. Si les eaux n’ont pas crevé, c’est ici qu’ils cèdent. Les poussées sont au plus fort et la mère peut aussi forcer avec elle, ce qui n’était pas le cas à la première phase, où l’utérus travaille seul.

L’expulsion est un réflexe et la mère le sent venir. Lorsque l’entrée vaginale est étirée à son maximum par la tête, cette sensation est brulante. Le cercle de feu est intense, mais signifie aussi la fin imminente de l’épreuve. Malgré cela, la mère peut toucher la tête de l’enfant. La peau est molle, le crâne est compressé. Cette réalité provoque en somme un regain de force pour en finir.

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Image: Amanda Greavette

En dernier lieu, une fois le bébé sorti, l’utérus se contracte et provoque l’expulsion du placenta. Cependant, le cordon n’a pas à être coupé sur le champ. Il arrive parfois que le maintenir permette un meilleur transfert au monde aérien et les nutriments qui s’y trouvent continuent quand même de nourrir l’enfant tant qu’il pulse. Par contre, en sens inverse, le couper aide ce même transfert si des signes précurseurs de mauvaises adaptations surviennent.

Finalement, lorsque les vagues atteignent leur apogée, les femmes amènent toujours un genou au sol pour adopter une posture agenouillée avec un genou par terre, et l’autre plié. Une mère ne laisse jamais tomber son bébé par terre.

Whapio Diane Bartlett, traduc. N. Donnez

La mère, soulagée par le travail en oublie sur le champ ses désagréments. Elle se donne un temps aussi avant de s’intéresser à son bébé. Toutefois, l’épuisement ne l’attendra pas tout de suite puisqu’elle est dopée à l’adrénaline. D’ailleurs, son corps peut trembler de partout à cause de celle-ci.

Aussi, pour favoriser l’attachement, on place le bébé sur son ventre ou mieux, on laisse la mère le prendre. Celui-ci, laisser à lui-même, arrivera en fait à ramper jusqu’au sein sans aide, que ça lui prenne une heure ou non (ce qui comble le score d’Apgar presque tout seul). Il n’est pas urgent pour sa nutrition, pourtant, de téter immédiatement; un bébé peut survivre des jours sans boire à ce moment de sa vie. Par contre, l’allaitement stimule aussi l’attachement.

En général il n’y a pas besoin d’aide. La mère n’est pas hors de contrôle, la naissance n’est pas chaotique, il n’y a pas d’hystérie ou de confusion. La naissance est accessible et une femme sait ce qui est naturel.

Whapio Diane Bartlett, traduc. N. Donnez

Mentalement, la mère reste très alerte. La rencontre enfin avec l’enfant est chargée de ses attentes, son désir ou non de lui, son propre vécu. La majorité des parents tombent amoureux dès le premier regard. Les êtres s’observent en silence. Par la suite, la mère va bécoter son petit, lui parler doucement. Elle le présente ensuite à son conjoint ou toute personne proche d’elle. Leur monde n’a pas besoin de plus grand pour l’instant.

Pour la fiction

L’accouchement n’est pas, par conséquent, un processus passif. La mère est active autant physiquement que mentalement. Elle voyage dans sa conscience en même temps que son bébé dans son corps. Pour votre histoire, il pourrait être intéressant, original et surtout authentique de ne pas mettre l’exploit de la naissance dans les mains des accompagnants, mais bien dans celle de la femme qui accouche. Ou du moins, de jouer sur ce transfert de contrôle consciemment.

Les étapes biologiques

  • phase de latence et pré-travail
  • travail actif
  • phase d’engagement
  • expulsion
  • délivrance

Étapes holistiques selon W. D. Bartlett

  • embarquement
  • pénétrer le voile
  • sur la montagne
  • assignation
  • quiétude
  • hautes vagues
  • émergence
  • retour
  • découverte
  • communion
  • achèvement
  • tisser l’histoire

C’est ainsi que se conclut le volet sur les étapes de l’accouchement. En dernier lieu, je vous recommanderai un livre qui enseigne l’importance de la moindre interférence lors de la naissance. Il est écrit par le gynécologue-obstétricien de renom, Michel Odent, et le titre est L’amour scientifiée.

image à la une: Amanda Greavette

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