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Écrivain, un titre qui se mérite? Syndrome de l’imposteur

N’est pas écrivain qui veut. Il faut y travailler, mais, semblerait-il, selon certains, il faudrait en plus le mériter. Se dire écrivain ou écrivaine est un titre qui a encore sa noblesse avec son lot de préjugés. Lorsque ce statut porte une aura aussi chargé de valeur, sélective, ne justifie-t-il pas là la raison première de sa piètre rémunération? Et si le syndrome de l’imposteur en découlait…

Être ou ne pas être écrivain?

Il y a deux courants de pensée sur la question de l’écrivain. Ceux qui écrivent sont écrivains. Ceux publiés et reconnus par leurs pairs en tant que tels sont écrivains. Mon biais est clairement du type 1: j’écris donc je suis écrivaine.

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La légitimité de l’auteur est cette idée que le titre se mérité. Seulement la publication officielle (en maison d’édition) consacrerait l’écrivain. Ça justifierait la non-nécessité à un revenu suffisant, puisque on écrit par passion et non par productivité.

En attribuant une notoriété à l’écrivain, on en fait une élite. Or, l’élite n’a pas besoin d’être rémunérée pour son art. Ce n’est que passion à assouvir, que nécessité d’expression, un don de soi de la part d’un individu qui a l’oisiveté d’une telle démarche. L’élite a d’autres moyens plus convenus et nobles de subvenir à ses besoins primaires. Son art est la quintessence de son esprit.

En revanche, cette vision ne tient pas en compte l’artiste pauvre qui subit les rages d’une clientèle égoïstes quotidiennement pour gagner son pain, ni l’épuisement mental de la charge d’enfants, ni les horaires chaotiques d’un employeur insensible ou incapable de fournir une stabilité. Ça ne tient pas en compte que cet artiste, privé de ce même besoin d’expressivité que le noble érudit, ait l’impératif de créer, que sa santé mentale en dépende tout autant.

Imposteur!

Le syndrome de l’imposteur nait à ce moment, je pense. Il s’agit du sentiment d’être illégitime, d’être maladroit dans cet art, de se prétendre plus grand, plus haut, mais se sentir maigre au fond. Chaque phrase qui nous vient ne vaut rien puisqu’elle n’est pas de la même qualité que celles de nos idéaux. C’est oublier que « vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage », oublier que ça prend du temps. C’est un travail; et tout travail mérite salaire.

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Photo: Andrew Seaman

Refuser de se reconnaitre comme écrivain.e simplement parce que l’on écrit permet de conserver cette idéologie prestigieuse. Celle-là même qui contredit la notion de paiement pour art, qui ne voit pas de travail artistique. Le besoin à assouvir renie le temps sacrifié à celui-ci. Il y a de ça, oui, et c’est pourquoi ce n’est pas donné à tous de créer des textes touchants. Mais vient un point où investir dans les arts assure une pérennité économique des secteurs touristique, alimentaire, voire industriel.

Le mérite du salaire

Mais je me pose la question suivante: est-ce vraiment l’art que l’on paye en salaire? Cet art qui ne peut avoir de valeur marchande ni commerciale sans vendre son âme? Le produit artistique, qu’il soit excellent ou médiocre, n’est pas celui qui justifie un salaire. Ce n’est pas le livre final de l’auteur que l’on rémunérerait, mais le temps consacré à le créer.

Un employé dans une usine est payé pour son temps. Un ministre aussi. Certes, on peut repenser les valeurs qu’on attribue à tel ou tel travail, mais ce n’est pas la productivité que l’on valorise. C’est le temps. Et c’est ce qui est excessivement précieux. Un salaire de base pour tous, pour artiste, assurerait que ce temps soit enfin payé. Parce que l’artiste va créer, même s’il crève de faim et nourrit ce fantasme coriace qu’on se fait de sa vocation.

Le snobisme entre nous

Un écrivain qui écrit pour le populaire est-il condamné à être considéré comme médiocre? À voir la perception que l’on a de la littérature jeunesse et ses auteur.es, on pourrait dire que oui. Cependant, la condamnation n’est pas éternelle et le seul moyen, difficile, qui puisse faire sortir un écrivain de ce gouffre est la reconnaissance de ses paires, surtout s’ils viennent de milieux variés.

Autrement dit, que d’autres auteurs jeunesses déclarent un tel comme exceptionnel ne changera rien à sa valeur littéraire. Que des auteurs reconnus de grandes et «vraies» littératures — qu’elles soient de l’imaginaire ou contemporaine — mettent la lumière sur cet écrivain contribue à sa valorisation.

De plus, c’est connu — souvent inconscient — mais une manière de se mettre en valeur est d’écraser les autres.

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