livre objet sacré

Conseil lecture: désacraliser les livres

Le livre est un objet sacré. Plusieurs s’offusquent de le voir corné, scribouillé, craquelé ou — horreur — commenté. J’étais un peu comme ça pour mes livres neufs et, paradoxalement, j’aimais avoir un livre usagé avec un tel vécu. Qu’est-ce qui me bloquait?

Évidemment, je parle ici de livres qui nous appartiennent, pas ceux que l’on emprunte. Je lisais mes livres sans souligner un extrait, sans poser une question dans la marge qui pourtant me venait. Je ne me permettais pas d’avoir une conversation avec son contenu. C’est lorsque j’ai lu Le bal des absentes que j’ai eu un déclic.

Quand j’ai commencé à enseigner, j’étais obsédée par l’idée qu’il fallait montrer aux étudiant.e.s qu’il importait de se défaire du prestige de l’objet livre et d’apprendre à le malmener un peu. […] Bien souvent, c’est le prestige du livre qu’ils viennent chercher en s’inscrivant en littérature. C’est ce même prestige qu’ils tenteront d’aller obtenir en écrivant des romans plus tard.

Amélie Paquet, Le bal des absentes

Pourquoi vénérer un livre comme un objet sacré? D’où venait cet héritage? À une époque où écrire était réservé à l’élite et où l’imprimerie est devenue accessible, oui, mais quand même dispendieuse, le livre objet était une œuvre d’art. L’auteur qui l’écrivait, l’éditeur qui le peaufinait, le relieur qui le fabriquait, l’imprimeur qui façonnait ses glyphes… une chaine d’artisans plus intellectuels que les autres?

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La démocratisation du livre

L’imprimerie a été révolutionnaire; Internet est la même révolution. La démocratisation du livre atteint de nouveaux paliers à l’heure où nous sommes. Tout le monde peut techniquement publié. Gallimard ferme ses portes à une avalanche de manuscrits. Le livre est un objet (sacré? vraiment?) facilement faisable et reproductible. Pourquoi est-ce que je ne me l’appropriais pas?

Il y avait des notes partout. [L’étudiant] s’était fait des petits cahiers avec les chapitres. Il pouvait donc relire des passages en parallèle en mettant ses cahiers côte à côte. Peu d’étudiant.e.s possèdent cette capacité à développer leur propre méthode de travail. Dans son cas, c’est sans doute parce qu’il ne percevait pas le prestige associé au livre qu’il a pu se permettre de se l’approprier ainsi. Peu importe, cet esprit hors normes qui lui faisait la vie dure à l’école lui permettait aussi d’expérimenter le monde comme les autres ne s’autoriseront jamais à le faire.

Amélie Paquet, Le bal des absentes

J’ai finalement osé prendre un crayon et lire en soulignant des passages qui me parlaient. Seulement ça, trouver des extraits qui me plaisaient. Et j’ai corné la page où se trouvait cette citation qui me plaisait. Oui, j’ai osé!

Liberté de lecture

J’ai découvert une nouvelle liberté, celle de prendre un livre et le faire mien. Ma lecture, qui était difficile avec la fatigue d’être une jeune maman, s’est focalisée. J’ai mieux retenu ce que je lisais, et ce même s’il s’agissait seulement de fiction. Parce que je prenais conscience de certains passages et je les ancrais mieux dans ma mémoire.

Je vais sûrement passer à l’étape du commentaire dans la marge un jour, ou la question, la remarque qui me fait réfléchir sur ce que je lis. Lire est nécessaire à l’écriture. Lire consciemment l’est encore plus.

Le bal des absentes est aussi un blogue

Désacraliser le livre est une libération. Je ne suis pas religieuse ni pratiquante de quoi que ce soit. C’était un joug que de vénérer une pile de papier, aussi remarquable fût-elle dans son écriture. Je suis bien satisfaite de m’en être départie.

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