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Le mythe du matriarcat et son expression dans les livres de fiction

J’explore la question du matriarcat dans l’imaginaire collectif. Je t’explique son mythe et propose comment certains livres de fiction ont abordé ce modèle possible. Je trouve intéressant d’explorer ce sujet pour ceux et celles qui désireraient l’inclure justement dans leur fiction.

Matriarcat, une définition

Simplement posé, le matriarcat serait un fonctionnement sociétal où le genre féminin serait en pouvoir décisionnel, exécutif, législatif, etc. Et ceci, aux dépens du genre masculin. C’est en l’opposant au patriarcat qu’on le définit, car dans la réalité, le matriarcat demeure hypothétique. Il n’existe nulle part; ni dans le passé ni dans le présent. Quant au futur, ça reste à voir.

Il y a quand même des nuances intéressantes qui pointent sur un pouvoir accordé au féminin. Parfois, ça demeure rarissime, parfois l’événement tend plutôt vers un mode sociétal égalitaire. Le matriarcat s’opposerait au patriarcat et en termes de terrain neutre, une société égalitaire serait entre les deux. Cette prémisse demeure négociable, évidemment, mais pour les besoins de mon article, c’est la position que je prends.

Le mythe

Tu as peut-être entendu l’hypothèse qu’à la préhistoire, les sociétés primitives étaient établies autour d’un système matriarcal? Cette idée reçue est en fait — et c’est troublant — une pensée patriarcale qui aurait abouti à cette supposition. Si on remonte à une époque où les chercheurs percevaient facilement la modernité comme une amélioration du passé, le principe d’évoluer de la chasse à l’agriculture, du polythéisme au monothéisme, du matriarcat au patriarcat allait de soi.

Le matriarcat était vu comme encore sauvage, naturel, instinctif et organique alors qu’avec le patriarcat naissaient le raisonnement, la connaissance, les techniques, la civilité, l’organisation, etc. Le matriarcat préhistorique est en fait un fantasme patriarcal pour se mettre en valeur. Selon les découvertes et les réévaluations de celles-ci, l’état sociétal matriarcal n’aurait probablement jamais existé. Cependant, on parle de plus en plus de sociétés égalitaires dans notre préhistoire.

Conférence de la chaine Passé sauvage

Il y a des exemples que l’on cite parfois, comme la société iroquoise qui aurait eu des femmes cheffes de guerre ou de communauté. Elles ont bel et bien existé et géré… mais en situation de crise où il n’y avait pas de relève chez les jeunes hommes, souvent suite à des guerres plutôt meurtrières. Leur pouvoir aurait alterné entre elles et les hommes âgés en attendant la relève. Donc, c’est plutôt le signe d’une société égalitaire.

Une communauté indienne, les khasi, existe où les femmes sont entrepreneures, à la mairie, où l’héritage se passe de mère en fille, où les préjugés sexistes tombent sur les hommes, etc. C’est, à ma connaissance, la société la plus près d’un matriarcat. Si elle était un État, et non dans un État tel que l’Inde, il y aurait surement des femmes au pouvoir étatique. Ce n’est pas le cas. Cette communauté dépend quand même des politiques de l’Inde, une hiérarchie supérieure à la leur.

Matriarcat, matrilinéarité et matrilocalité

Si le matriarcat est le pouvoir dans les mains des femmes, qu’est donc la matrilinéarité ou la matrilocalité? On parle de société matrilinéaire lorsque c’est la lignée maternelle qui est reconnue comme importante. L’héritage se transmet par la descendance des mères, le patronyme est un matronyme, etc. Ce qui est intéressant est que bien souvent, ce n’est pas les femmes qui ont le pouvoir décisionnel, mais les oncles maternels.

Projet littéraire à moi qui abordera le matriarcat: Des Bassates et des hommes

La matrilocalité, quant à elle, dépeint la situation où une épouse demeure dans sa famille naturelle lors de son mariage et de la fondation de sa famille. C’est l’époux qui rejoint cette belle-famille, et non l’épouse qui la quitte. La fille et la mère assurent donc une continuité familiale de la sorte. Ce n’est pas avoir un pouvoir législatif sur la gestion d’une communauté. C’est peut-être avoir une certaine influence culturelle sur les descendants.

Polyandrie et polygynie

J’aimerais apporter une note sur la polyandrie. Celle-ci est le fait qu’une femme peut avoir plusieurs époux. On pourrait naïvement l’opposé à polygynie, lorsqu’un homme a plusieurs épouses. La polyandrie demeure une tactique patriarcale, car elle vise à maintenir la lignée paternelle.

Les femmes polyandres sont, dans tous les rares cas, épouses de frères. Cette structure apparait lorsque le manque de femmes se fait sentir. La femme, ici, devient la matrice pour maintenir la lignée d’une même famille, à défaut du même homme. Elle ne choisit pas ses partenaires. Rien n’empêche que dans une fiction (ou en réel), la polyandrie devienne un outil matriarcal si les règles s’appliquent autrement.

Certaines populations autorisent aussi la polyandrie, mais ce phénomène est beaucoup plus rare, et ne se rencontre qu’au Tibet, chez les Bahima en Afrique orientale, chez certaines tribus Inuits, et chez les Toda en Inde.

wikipédia

Quelques livres qui proposent un matriarcat

Le matriarcat, donc, semble n’exister que dans la fiction. Ce sujet est très riche à traiter et je vais souligner quelques oeuvres qui l’abordent. Le plus important à mes yeux est l’oeuvre d’Élisabeth Vonarburg, Chroniques du pays des mères (lien affilié), où la fécondité est en chute libre et où les sociétés ont dû s’organiser pour maximiser les chances des autres générations. Ici, Vonarburg réussit véritablement à dépeindre un matriarcat où les femmes dirigent, où les hommes sont soumis et où un questionnement sur cette hiérarchie, par rapport à son opposé est en mis en exergue.

En deuxième, un livre plus récent est la série Anan (lien affilié), de Lily Boisvert. Le matriarcat est là, sans être en avant-plan, du moins dans le premier tome, mais qui est mis en question aussi. Ce miroir sert surtout à porter une réflexion sur le patriarcat en montrant son opposé. Dans cette série, les hommes profitent quand même d’une certaine liberté, mais ils préfèrent laisser les rênes aux femmes, qui sont meilleures qu’eux sur ce point. Cette réflexion pose la question des conditionnements et de la culture des comportements.

J’ai lu ces oeuvres pour me donner une idée comment le sujet était traité, car moi aussi, je l’aborde dans mes écrits. Cependant, j’ai trouvé des oeuvres qui, je croyais, parlaient de matriarcat, mais qui en fait exposaient plutôt une société égalitaire. C’est le cas de Une chanson pour Arbonne (lien affilié), traduction de A Song for Arbonne, de l’écrivain Guy Gavriel Kay. Cela n’empêche pas la lecture, évidemment.

Et pour finir sur les sociétés égalitaires, parce que ça fait du bien de montrer un exemple qui va dans ce sens, je te propose le cycle Astrelys, de Matty Madiel, du blog Les étagères de Matty. C’est d’abord une histoire qui met beaucoup en scène des personnages féminins. Cette histoire prend le défi de commencer avec une utopie qui choit vers la dystopie. Cependant, la société égalitaire entre hommes et femmes demeure, car ce n’est pas là-dessus que sont basées les différentes hiérarchies.

Quels livres de fiction nous recommandes-tu qui traitent du matriarcat avec justesse?

Photo à la une: Jr korpa

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