Création de mots avec la phonétique combinatoire, partie 4

Je propose d’utiliser les phénomènes de la phonétique combinatoire pour la création de mots nouveaux, que ce soit pour de la fiction, de la traduction (de fiction) ou pour nommer un nouveau concept encore inconnu. Dans ce dernier volet, il sera question de l’épenthèse et la syncope.

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Avec le phénomène de l’assimilation et de la dilation, on voit des sons qui tendent à devenir similaires, qu’ils soient rapprochés ou non. Pour ce qui est de la différenciation et de la dissimilation, les sons d’un mot cherchent plutôt à se distinguer, qu’ils soient en contact ou non. Dans le cas de l’interversion et de la métathèse, des sons changent de place, qu’ils soient contigus ou non.

Ces trois premiers phénomènes fonctionnent avec leur complémentaire. Il y a un terme pour les sons contigus et un autre pour les sons éloignés. Dans le cas des deux derniers phénomènes, ils ne sont pas complémentaires l’un de l’autre, comme leurs prédécesseurs, mais plutôt opposés.

Épenthèse

Le phénomène combinatoire de l’épenthèse est l’ajout d’un son qui, souvent, favorise la prononciation. Glisser une simple voyelle entre deux consonnes est très courant. Ce supplément sonore n’est pas toujours en ligne avec la norme écrite, mais s’inspire de phénomènes similaires dans la langue.

On peut penser au «e» qui doit être la voyelle la plus neutre que l’on glisse partout, en français du moins. «Arc-boutant» se prononce fort régulièrement «arc-e-boutant» /arkəbutɑ̃/. Il y a aussi, par effet miroir, le «t» venu de certains verbes conjugués qui apparait ailleurs. «Elle finit à la plage» /ɛlfinitalaplaʒ/ qui influence le même format ailleurs: «il va (t)à la plage» /ilvɑtalaplaʒ/.

Syncope

La syncope, comme pour la figure de style, est le phénomène où un son est effacé. Cet effet est beaucoup lié à l’économie articulatoire, une force majeure dans la prononciation qui consiste à en articuler le moins possible dans la mesure l’on demeure intelligible. C’est par recherche d’efficacité qu’on le fait naturellement, même les locuteurs les plus soignés. Souvent jugée comme paresseuse, la syncope est néanmoins un puissant modificateur de langue. Elle a souvent contribué à transformer des langues en d’autres, comme le latin au français, entre autres. On lui doit une fière chandelle, en quelque sorte.

Concrètement, on peut prendre en exemple ce cher mot «plus». Avec la prononciation finale du «s», il désigne l’addition. Avec la syncope du «s», donc son effacement, il désigne son contraire, l’absence. Ce mot, d’ailleurs, se réduit davantage dans le langage courant. De «plus» /plys/ il est devenu «plu» /ply/, puis «pu» /py/ et démarque avec beaucoup plus d’efficacité la distinction de sens, ci-haut mentionnée. La même syncope se produit avec «puis» /pyi/ qui devient «pis» /pi/.

Fait intéressant, l’épenthèse de «il va (t)à la plage» /ilvɑtalaplaʒ/ peut devenir une syncope dans l’autre sens: «Elle finit à la plage» /ɛlfini alaplaʒ/. Cette façon d’effectuer la liaison (/ɛlfinitalaplaʒ/) est directement rattachée à la connaissance de l’écrit et est donc valorisée, car être éduqué est se démarquer des autres qui en ont moins les moyens. La syncope de cette liaison est davantage en lien avec la langue orale, qui elle, est dévalorisée en français.

Ces éléments sont autant de façon de jouer sur la perception linguistique que peuvent avoir tes personnages. Pour ce qui est de créer des mots avec ces phénomènes, je vois plus facilement une manière de projeter l’évolution d’une langue, par exemple, en science-fiction. Pourquoi pas. Tu as des idées qui te sont venues?

Photo à la une: Mike Petrucci

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