Le réalisme qui rehausse

Je me souviens du film Das Experiment, riche sociologiquement parlant, mais plus particulièrement d’un détail dans une scène. Un « détenu », ayant acquis un pistolet chargé de balles à blanc, menace un « garde » avec celui-ci. Il le pointe à bout portant, directement sur la tête. Dans la mêlée, la détente est appuyée… et le garde meurt. La surprise vient du fait qu’on se dit : «mais l’arme est chargée à blanc! Il n’y a pas de projectile, pourquoi son crâne éclate-t-il?» La physique dit que la pression relâchée par la cartouche vide, puisqu’il y a explosion tout de même, est suffisante pour provoquer un choc contre la paroi du crâne, à si proche distance. L’air éjecté par le conduit du pistolet fait éclater le crâne. La déflagration est mortelle.

Das Experiment, source : repliquesdefilms.fr

Nous avons tous vu la classique bouteille éclatée sur le crâne d’un malheureux dans une bagarre de bar. La bouteille Hollywood, pour des raisons de trucages pas cher pas cher, est faite de sucre et ainsi est facilement fabricable, et sans danger pour les acteurs de scènes périlleuses. Mais une vraie bouteille en verre, elle, demande un peu plus de force pour se détruire sur une tête. Et elle vient au coup d’une sévère commotion. La victime d’un tel coup ne se relève pas.

Ces petits exemples m’amènent au coeur de mon sujet d’article: le réalisme. Sous prétexte que l’on veut du spectacle, du plus grand que nature, de l’imaginaire sans limite, nous oublions parfois ce que la réalité peut offrir de spectaculaire. À force d’avoir été ignorée par le désir de jouer avec les lois de la physique, la réalité s’est évaporée de nos esprits. Pour pousser l’imagination en d’autres lieux, nous perdons volontairement la notion de ce qui est normal, logique, attendu. On déplore parfois ce qui est réaliste parce que ça brise le charme, ça rend trop terre à terre ce qui devrait être du rêve. J’adore la réalité justement pour les mêmes raisons: ce qui est possible fait rêver parce qu’atteignable, ce qui est naturel dans notre monde est d’une splendeur et d’une beauté qui nous émeut encore, même vieux, même avec des milliers d’années d’histoire. La complexité du réel est inépuisable. Et s’il faut l’imagination pour envisager ce qui pourrait être, il faut aussi l’imagination pour saisir totalement ce qui est devant nous dans la plus pure analyse possible (et aussi la plus grande humilité).

Un coucher de soleil peut être un oeil au ciel qui se cache, une boule de feu qu’un dieu lance et relance chaque jour, ou une énorme gigantesque sphère qui attire et fait tourner d’autres énormes gigantesques sphères, dans un ballet millénaire d’attraction et de répulsion. Toutes ses réponses sont valides. L’explication du réel n’est pas importante, le phénomène demeure impressionnant.

Parfois, ce qui est très parfaitement ordinaire surprend. Un retour aux sources, à la simplicité, à la normalité nous la fait découvrir à nouveau, sous un autre angle. Donner constamment du plus grand que nature dénature souvent le sujet abordé. Par exemple, il y a de plus en plus de détails dérangeant dans la romance actuelle véhiculée par les médias. Des scènes de dominance se voulant idéales, des situations d’abus se voulant normales, pour le piquant d’une scène, pour la passion d’une autre. Il est trop ordinaire de demander ce que l’on voudrait. Très ordinaire de préciser, trop terne et plat de prendre le temps d’avoir un consentement. Ce manque de représentation dans les médias nous fait croire que cet ordinaire est banal et fade, sans excitation et sans passion.

Dans cette fameuse scène de Star Wars, combien de fois Leia a-t-elle dit non?

J’ai découvert le « mouvement » safesex, une prise de position qui cherche à rétablir la saine sexualité dans les médias, plus spécifiquement safesexbooks, parce que ma voix est dans l’écriture. Moi aussi, je me suis fait prendre dans le piège des scènes torrides, mais si ambigües dans leur message consensuel. Les scènes érotiques de mon roman ne sont pas des fantasmes d’auteur. À force de les écrire, les lire, les travailler, elles perdent leur libido, pour ainsi dire. La scène doit servir à l’histoire si elle veut survivre la réécriture. Mes scènes de sexe sont la plupart du temps des scènes d’amour et de complicité, d’intimité et de mise à nu, de dévoilement de l’âme. Je ne cherche pas de bonbons pour  gaver mes lecteurs en calories vides.

Parce que nous ne la voyons plus, la normalité devient marginale, et devient étonnante. Nous avons oublié ce que la réalité peut faire de concrètement puissant. J’ai réécrit un début de scène récemment qui m’a fait repenser consciemment à tout ça, à ce que je viens d’écrire dans cet article. Au premier jet, les deux protagonistes se décodaient du regard, se prenaient en embrassade avec ferveur, consensus non dit mais évident. Scène qui est plausible avec un couple qui se connait beaucoup plus, qui s’envoie les bons codes appris à force de cohabiter. Ici, les protagonistes ne se sont pas encore rapprochés intimement. Ils n’ont pas établi leur langage corporel, ne connaissent pas tout à fait les attentes de l’autre. Alors ça me semblait plus réel de faire une scène qui incluait cette vérification de consentement et d’en faire quelque chose qui éveille au lieu de rebuter. Le respect démontré est l’étincelle finale dans la tension d’attraction qui grandissait jusqu’alors.

— Je… voudr… j’peux?
— Quoâ?
— T’embrasser. Je voudrais. Je peux? finit-il en murmure. » Et le temps se suspend. Elle le tient du regard, il ne cligne pas des yeux. Tout ce qu’il entend est un gémissement retenu, air expulsé avec contrôle. Et la chair si chaude à la lumière diffuse semble s’attendrir, pupilles dilatées, commissure des lèvres relâchées. Rêve-t-il ces réactions trop subtiles? Il désire lui saisir les hanches et la fondre sur lui. Ses paumes patientent sur ses genoux, peau moite et cœur battant. Merime l’enfourche. Il perçoit soudain sa bouche près de la sienne, chaleur femme étendue sur lui. Hésitation encore. Se sentir, humer l’autre et le reconnaitre au sens primal. Nez qui se frôlent presque. Il ne la lâche pas des yeux. « Suis-moâ. » Elle part en direction de son lit pour toute invitation.

Extrait des Dissidents de Narbrocque I. Déferlement, chapitre VI

Bien que certains univers se bercent dans l’imaginaire, il y a une part du réel qui perdure. Tout récit doit être plausible, avec sa logique interne. Comment envisagez-vous vos écrits par rapport à la réalité? Est-elle un boulet ou plutôt lieu de solidité? Cherchez-vous à surprendre par un imaginaire débridé ou plutôt par des réactions si réalistes qu’elles vont étonner par leur marginalité? Les idées reçues survivent-elles votre recherche? Le mouvement safesexbooks vous dérange, vous fait réfléchir?

 

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Ce qui ne cadre pas…

J’ai rejoint et déjoint des groupes Facebook sur la littérature, surtout des groupes portés sur les genres littéraires, ceux de la fiction et de l’imaginaire: les mondes imaginés, comme ce que j’écris. Cependant, mon monde ne cadre pas. Jamais. Je n’arrive qu’à le définir à la négative. Ce n’est pas de la Fantasy. Ce n’est ni historique ni fantastique, encore moins de la science fiction. (Quoique j’ai presque fantasmé l’idée que science dans la scifi pourrait couvrir aussi les sciences humaines, chose qui ne semble jamais effleurer les gens et je risquerais de décevoir mon lectorat.) Ni parallèle à notre monde, réaliste si on accepte une ère irréelle et des terres inexistantes. Ni rien mais tous ça un peu en même temps. Sans l’être.

Je suis toujours en recherche d’un lieu où je pourrais échanger sur les œuvres pour ce qu’elles sont, sans systématiquement avoir à les faire entrer dans un moule prédéfini. Les lecteurs d’un genre pourraient être intéressés par ces histoires hors cadre, qui sait? Un lecteur de scifi aussi, mais sans être déçu de la présentation d’un récit qui serait mal affiché dans un genre ou l’autre.

Un trèfle pas vraiment comme les autres

J’ai donc décidé de foncer, avec ce qu’il m’en coûterait de temps, puisque j’espère un retour riche en échanges. Je lance un groupe Facebook, un lieu de discussion sur les genres de l’imaginaire, mais sans ses frontières, sans ses cadres trop purs pour moi. Je cherche des étranges comme moi, qui ne cadrent pas, qui mélangent, qui ôtent ou ajoutent des éléments non traditionnels. J’aimerais un lien entre lecteurs et auteurs, voire même éditeurs, une zone de rencontre sans ligne éditoriale.

Je souhaite aussi réconcilier ladite «grande» littérature et celle de l’imaginaire, comme si elles ne pouvaient pas faire une, comme si l’on devait sacrifier l’une pour l’autre. Je voudrais faire valoir des oeuvres qui portent avec panache autant le style que l’imaginaire, autant la réflexion qui le rêve.

Si le sujet vous intéresse, le groupe se nommera Dissidents de genres littéraires. Vous avez des idées de discussions, des questions, des sujets à aborder? Allez-y de bon coeur! En commentaire ici ou sur la page du groupe!

 

Nordicité et toutes ces sortes de choses exotiques

Étrangement, j’en ai pris conscience seulement récemment. Ma nordicité. Et son omniprésence dans mon écriture. Et depuis, je m’intéresse tendrement à ses vents et ses silences de tombe.
L’hiver, même quand on l’aime pas
Je n’ai jamais particulièrement aimé l’hiver. Je ne fais pas de sport, ne randonne pas sous les bois en raquettes ou en ski, me cache rarement dans un chalet givré, collée au foyer. Et pourtant, je ne suis pas de ceux qui s’en plaignent pendant six mois non plus. Je prends l’hiver comme il vient. Ses froids, ses chaleurs aussi fortement incongrues, ses impossibilités à marcher le pas franc. Je ne crains pas ses rues mal déneigées, ses trottoirs glacés, le sel qui poussière tout et même plus. Sa noirceur me pèse un peu, mais novembre gris est plus lourd qu’avec un manteau blanc. Je m’encabane et attends la fin, et les dernières neiges me semblent aussi belles que les premières, pour bien d’autres raisons. 
J’ai naturellement inscrit cette neige dans mes pages (et quand ça fond, houla…). Elle est une part de mon quotidien, la moitié de ma vie. Elle régule le temps autrement que son antipode estival. Froid, noirceur, silence et blancheur. Il est impossible de ne pas être forgé par l’hiver. La nordicité est mal acceptée dans mon pays. On la nie, on la méprise ou on la fuit. Bornés à suivre un rythme hérité qui ne correspond pas à notre nord. Nous ne sentons pas sa lente pulsation qui suggère, juste comme ça, de prendre plus notre temps. 
J’ai lu quelque part, il y a fort fort lointain, que ma nation, sa culture, avait plus de liens avec les pays nordiques — tels que la Russie ou la Norvège — plutôt qu’avec nos pays d’origine comme la France ou l’Angleterre à cause de son climat boréal. Ce territoire qui nous moule à son temps. Je ne suis même pas étonnée. 
J’ai souvent remarqué une tendance chez les écrivains débutants ou amateurs de placer leur histoire dans un environnement issu de la culture américaine. On comprend l’influence, certes, mais ça me désole toujours. Écrire ce que nous connaissons, c’est aussi écrire sur notre territoire. J’ai réussi à comprendre l’attrait de mon pays lorsque j’ai compris son exotisme… vu par d’autres. Me parler de désert, de vie de montagne, de rizière est pour moi autre chose d’inconnu et d’attrayant. Ma nordicité est donc exotique pour quelqu’un venu d’ailleurs. 
À présent, je veux la décrire, la tourner sur toutes ses coutures, l’explorer. Je la veux symbole et je la veux ambiance. Je la veux à la fois antagoniste et maternelle, l’épreuve du feu par la froidure et silencieuse autant que ces tempêtes geignent. Je la veux sans la justifier. Elle croît de plus en plus dans mon œuvre des Dissidents et j’embrasse toute son amplitude. 
Avez-vous de ces thèmes dans vos récits qui sont omniprésents, qui donnent l’ambiance ou qui sont même récurrents dans vos œuvres? Des sous-thèmes qui vous habitent particulièrement? De ceux que vous aviez inconsciemment intégrés sans même vous en rendre compte?

Les Arbres de Caïa

J’ai assisté, il y a jadis, à une conférence qui parlait du rapport souvent ignoré entre l’esprit et le corps, des effets somatiques par exemple, mais aussi de nos positions physiques qui influenceraient l’esprit, la perception de notre environnement. Je ne me souviens plus de grand-chose sauf peut-être cette idée qui m’avait charmée : on ne peut pas prendre une bonne décision si on est tout avachis. Il faut être droit, enligné de corps pour que l’esprit soit lui aussi droit. Que l’on argumente pour ou contre cette énonciation, qu’on nuance ou qu’on renie au quart de tour, pour être franche, ça ne m’intéresse pas. Je ne cherche pas de valeur scientifique calculable et observable à cette énonciation, mais une valeur culturelle.

Et j’en ai fait un trait coutumier pour mes Dissidents.
Lorsque j’ai réfléchis à nouveau au mot « congruence », j’ai enfin pu saisir ce que j’avais inventé : tout un système de valeurs. Il ne s’agissait plus d’esquisser quelques mœurs mignonnes pour peindre un peuple de couleurs exotiques, calquées de toute façon sur l’occident. Il m’a fallu engendrer des racines jusqu’à la frondaison de toute une façon de percevoir le monde. Et même s’il en reste inévitablement l’influence de ma propre culture, je pourrais aussi dire que les mœurs narsques m’ont influencée en retour. Ou est-ce seulement une révélation progressive de mes valeurs actuelles, telles que modifiées par le temps et l’expérience?

Mais ces arbres, que sont-ils?

Kiosque près de Narse

On dit facilement, surtout en beurrant épais de sauce moralisante hollywoodienne, qu’il faut suivre son cœur. Le cœur et ses impulsions, ses coups de tête (notez l’expression étrange), ses besoins centrés sur l’individu. Le cœur aussi avec ses aspirations, ses rêves, son apaisement. Peut-on suivre que son cœur? Qu’en est-il des autres, du contexte, des pour et contre d’un choix? Réfléchir à nos options en ignorant nos aspirations profondes est aussi source de déchirement. Et que faire, lorsque l’on passe enfin à l’action pour atteindre un but, et que de tout notre corps tremblant, la fuite nous semble la seule avenue? Peut-on suivre que sa tête, son cœur, ses tripes?

Les Arbres de Caïa sont ceci : la raison, l’émotion et l’instinct. Ils sont les trois piliers de l’expérience humaine. Pour les Narsques, Caïa est la mère Nature — et rien de moins, mais aussi rien de plus. Ce n’est ni une divinité ni une entité volontaire. Ses Arbres sont les trois fondements de l’humain et comme chaque pilori se doit d’être solide et bien ancré, les Arbres de Caïa se doivent d’être renforcés.

Pour les Narsques, il ne s’agit pas de vivre sa vie selon son cœur ou en rationalisant ses désirs ou ses actions. La vie, pour eux, est d’apprendre à suivre chaque Arbre, à les enligner, à être en congruence tête, cœur et corps. Il faut suivre tous ses Arbres, dit-on. Aussi faut-il savoir les reconnaitre.

La méditation, ou du moins l’introspection est encouragée chez les Narsques. L’exercice consiste à analyser de façon rationnelle un problème ou une question qui occupe l’esprit en dilemme. Ensuite, on doit investiguer nos sentiments, nos émotions quelles qu’elles soient — négatives ou positives — et d’en comprendre l’origine. L’instinct est alors exploré. Est-on dans un état de fuite, d’attaque ou est-on figé? Pourquoi, et surtout, que peut-on changer pour que ces trois points soient en accord l’un l’autre? Pour être dans un état de congruence avec soi.

Mathesme
Le mot bêtement sorti de la racine grecque pour mathémathiques, j’ai ajouté un s sans rapport avec l’étymologie, juste pour faire . #licensepoétique. Par ce terme, je désigne un trait de caractère plus rationnel, logique, calculateur. On peut facilement voir des savants de sciences pures sous ce « signe », des gens terre-à-terre aussi, plus sérieux que la moyenne peut-être, du moins avec une tête froide quand tout le monde s’énerve.

Cordisaure
Ce n’est pas en lien aucun avec un quelconque dinosaure, malheureusement. Ou heureusement? Ici, j’ai pris les racines Cor— pour « cœur », et Aur— pour « or ». Donc, voilà, tout simplement « cœur d’or ». Il s’agit du trait qui détermine les gens sensibles, émotifs, connectés à leurs sensations, plus facilement éveillés à leurs besoins émotionnels. Les gens empathiques, les artistes, les personnes expressives se retrouvent souvent sous ce signe.

« Les Amassaires sont de ceux, liés à Caïa par leurs entrailles, qui goutent sa sagesse à l’état brut. Rares sont les purs, sans raisonnement ni émoi nécessaires, qui suivent cette voie sans faillir. »
— Extrait de « Spéculations »

Amassaire
Alors là, pas facile d’expliquer l’origine de ce mot. Il faut d’abord faire connaissance avec le mazzérisme. C’est l’idée que le mazzeru sache instinctivement qui sera le prochain défunt qui m’a charmé (#glauque). Une amie de ma mère — qui n’est pas chasseresse à ce que j’en sais — pressent souvent la mort d’un proche et en porte le deuil avant les autres. Lors du décès, elle est prête à soutenir les autres dans leur perte. Ces deux histoires m’ont semblé imprégnées d’intuition et de connexion profonde à l’instinct. Elles dépassent le raisonnement, la logique, et ne trouvent pas non plus leur origine dans les émotions.

J’avais trouvé le mot parfait pour le trait de caractère intuitif. Des gens plus sauvages peut-être que la moyenne, plus bruts en leur essence. Surement sensibles au temps, à l’air, l’atmosphère. Ils lisent leur environnement comme certains lisent les livres ou les regards.

Que vous soyez d’abord un être de tête, de cœur ou des tripes, prenez garde. L’équilibre entre ses trois forces offre une meilleure stabilité, une plus grande satisfaction de vivre. N’oubliez pas, « rares sont les purs qui suivent cette voie sans faillir. »

Glottophobie et pis quoi encore?

La glottophobie est cette chose gluante dans la bouche qui consiste à se moquer de l’accent de quelqu’un, de ses expressions ou de dénigrer d’une quelconque façon la manière dont un locuteur parle une langue si elle s’éloigne trop du modèle idéal mise en avant par des gens qui parlent — ce qui fait beaucoup de monde, disons le — une forme aléatoirement sélectionnée au fil des ans comme LA forme utopiquement souhaitable en «bonne» société. Ça veut dire quoi? Qu’on n’entend pas un journaliste poitou dire les nouvelles avec sa coloration locale, qu’on ne tolère pas un redneck sans le faire passé pour un congénital à l’alcool de bois, ou un haïtien qui ose dire que son créole est une vraie langue oui oui pour de vrai, complète et autonome et belle.
Merde, encore une autre connerie qui faut pas relever parce que les gens sont tous trop moumounes pour recevoir leur vérité en pleine face?
Non.
Cette glottophobie n’est rien d’autres qu’un exemple de plus du même phénomène: celui de dénigrer autrui — peu importe le prétexte — dans le but unique de se montrer meilleur. Et c’est ça le problème de base. Sexisme, racisme, âgisme, homophobie, transphobie, glottophobie, acculturation, discriminations variées sur les handicapes, la religion, les hormones et les cheveux pliés en quatre… C’est se donner cet air de supériorité par rapport à un facteur x dans un contexte y. Personne ne remplit ce critère. Toute vie dans l’univers, toute, est d’une incroyable variation exponentielle. C’est la clé de sa réussite. La vie persiste peu importe la manière, le véhicule ou l’individu. Comprendre que cette variation est cruciale, c’est comprendre l’univers. La vie doit persister, c’est son but.
Mais où placer son identité dans tout ce chaos? Plus il y a des définitions détaillées et plus on se demandera quelle nuance est la plus appropriée pour sa personne et jusqu’à quel point est-ce important. Ça, je sais pas trop quoi en dire. À chacun, j’imagine de décider, tant que l’identité ne se fait pas dans la survalorisation de l’ego et le deni de l’autre, j’imagine que tout est bon?
Sans nécessairement être un thème central dans mon roman des Dissidents, il m’a semblé important de parler dans cet article de la discrimination. C’est un sujet omniprésent qui est posé, regardé sous quelques angles sans pour autant en faire une morale. Tout personnage peut véhiculer un préjugé, certains y réfléchissent, d’autres s’y bornent. Je n’offre pas de réponse sinon une observation de l’humain. Cependant, ici dans cet article, je me permets mon opinon. Et les classements rigides et les utopies, ils se dystopient.