Je jure solennellement…

Résolutions 2019.

Oui déjà, mais c’est parce que je suis en pleine préparation. Alors, je vais tenter de relever le défi 365, qui me plait plus que le NaNoWriMo. Le but ultime de cet engagement est d’arriver à établir un rythme d’écriture, une routine solide, tous les jours — ou du moins chaque semaine. L’objectif de mots est moins important.

365 Writing Challenge 2019
Mais c’est quoi le 365 Writing Challenge???

Dans le monde anglophone, il existe le 365 Writing Challenge (défi d’écriture 365) qui consiste à former une petite communauté (grandissante) d’écrivains motivés pour écrire régulièrement, tableau avec compilations à l’appui, et rendement hebdomadaire basé sur un objectif. Le but est de faire durer le plaisir toute l’année. Je n’ai jamais encore participé, mais j’ai un ras-le-bol de stagner alors je me suis lancé un peu à l’aveuglette. Ce qui est bien, c’est que j’ai pas besoin de produire en anglais. Je peux continuer dans ma langue maternelle et quand même participer avec eux.

Pour ce challenge, j’ai révisé mon plan du tome IV en détail. Cette fois, j’ai esquissé des scènes, des décors et des personnages, pas seulement des idées vagues. J’y ai intégré mes derniers revirements et mes dernières découvertes. Le but est de terminer ma série au complet. J’y suis presque, il me reste des trous à combler et enfin, enfin faire la réécriture de A à Z. Mais surtout pouvoir m’engager plus sérieusement dans ce métier sans me sentir coupable de ne rien finir. Ah, ce syndrome de l’imposteur, merde!

J’ai voulu rédiger ma série d’un trait, sans travailler sur un tome à la fois parce que je veux pouvoir ajuster à mesure que l’écriture avance chaque détail de façon plus fluide. Il y a des choses que je peux implanter dès le premier ou deuxième livre qui vont se jouer seulement au troisième ou quatrième. Ça m’a servi magnifiquement. Lorsque la résolution finale s’est finalement présentée à moi l’an dernier, j’ai pu dès lors penser à corriger et modifier des détails dans le tome un. La totalité sera plus fluide, sans mauvaise surprise d’incohérence. Qui plus est, c’est plus convaincant et rassurant pour un futur éditeur de savoir que la série est complète, esquissée au total, prête au peaufinage. Mon rêve pour l’an prochain: terminer l’étape un de mon projet, soit le premier jet.

playing game royalty free darts
Photo de Pixabay sur Pexels.com

Avec mon maigre, mais oh combien réaliste objectif de mille mots par semaine, ça me rappelle les camps NaNo. En avril et en juillet, il est possible de faire des mini nano avec un objectif malléable, choisi par l’écrivain lui-même. Comme ça, chaque mois sera un mini défi pour moi. Bien sûr, je peux me lasser. Mais au fond, qui ça dérange sinon moi et mes rêves en suspens éternels? Mon moi futur aimerait bien que mon moi présent s’engage dans cette promesse. Je vais donc essayer de me faire un cadeau à moi-même: rétablir un rythme d’écriture.

Je me demande si on pouvait pas faire une version francophone, tout comme le NaNo est international à présent. À moins que ça existe déjà et que je n’ai jamais croisé cette organisation? Le 365 Writing Challenge offre un abonnement gratuit, mais avec certaines versions payantes (genre 10-20$ par année) y’a des bonus de séminaires, conférences, coaching, etc. Ça pourrait être sympa. Mais, oh, une chose à la fois. Testons le principe avant d’imaginer une expansion

Vous connaissiez ce défi? En quoi pourrait-il vous motivez plus que le Nano, en quoi peut-il être rebutant? Quels sont vos trucs pour demeurer productif malgré les aléas de la vie? Vous avez déjà expérimenté des cycles de productivité dans l’écriture?

Le réalisme qui rehausse

Je me souviens du film Das Experiment, riche sociologiquement parlant, mais plus particulièrement d’un détail dans une scène. Un « détenu », ayant acquis un pistolet chargé de balles à blanc, menace un « garde » avec celui-ci. Il le pointe à bout portant, directement sur la tête. Dans la mêlée, la détente est appuyée… et le garde meurt. La surprise vient du fait qu’on se dit : «mais l’arme est chargée à blanc! Il n’y a pas de projectile, pourquoi son crâne éclate-t-il?» La physique dit que la pression relâchée par la cartouche vide, puisqu’il y a explosion tout de même, est suffisante pour provoquer un choc contre la paroi du crâne, à si proche distance. L’air éjecté par le conduit du pistolet fait éclater le crâne. La déflagration est mortelle.

Das Experiment, source : repliquesdefilms.fr

Nous avons tous vu la classique bouteille éclatée sur le crâne d’un malheureux dans une bagarre de bar. La bouteille Hollywood, pour des raisons de trucages pas cher pas cher, est faite de sucre et ainsi est facilement fabricable, et sans danger pour les acteurs de scènes périlleuses. Mais une vraie bouteille en verre, elle, demande un peu plus de force pour se détruire sur une tête. Et elle vient au coup d’une sévère commotion. La victime d’un tel coup ne se relève pas.

Ces petits exemples m’amènent au coeur de mon sujet d’article: le réalisme. Sous prétexte que l’on veut du spectacle, du plus grand que nature, de l’imaginaire sans limite, nous oublions parfois ce que la réalité peut offrir de spectaculaire. À force d’avoir été ignorée par le désir de jouer avec les lois de la physique, la réalité s’est évaporée de nos esprits. Pour pousser l’imagination en d’autres lieux, nous perdons volontairement la notion de ce qui est normal, logique, attendu. On déplore parfois ce qui est réaliste parce que ça brise le charme, ça rend trop terre à terre ce qui devrait être du rêve. J’adore la réalité justement pour les mêmes raisons: ce qui est possible fait rêver parce qu’atteignable, ce qui est naturel dans notre monde est d’une splendeur et d’une beauté qui nous émeut encore, même vieux, même avec des milliers d’années d’histoire. La complexité du réel est inépuisable. Et s’il faut l’imagination pour envisager ce qui pourrait être, il faut aussi l’imagination pour saisir totalement ce qui est devant nous dans la plus pure analyse possible (et aussi la plus grande humilité).

Un coucher de soleil peut être un oeil au ciel qui se cache, une boule de feu qu’un dieu lance et relance chaque jour, ou une énorme gigantesque sphère qui attire et fait tourner d’autres énormes gigantesques sphères, dans un ballet millénaire d’attraction et de répulsion. Toutes ses réponses sont valides. L’explication du réel n’est pas importante, le phénomène demeure impressionnant.

Parfois, ce qui est très parfaitement ordinaire surprend. Un retour aux sources, à la simplicité, à la normalité nous la fait découvrir à nouveau, sous un autre angle. Donner constamment du plus grand que nature dénature souvent le sujet abordé. Par exemple, il y a de plus en plus de détails dérangeant dans la romance actuelle véhiculée par les médias. Des scènes de dominance se voulant idéales, des situations d’abus se voulant normales, pour le piquant d’une scène, pour la passion d’une autre. Il est trop ordinaire de demander ce que l’on voudrait. Très ordinaire de préciser, trop terne et plat de prendre le temps d’avoir un consentement. Ce manque de représentation dans les médias nous fait croire que cet ordinaire est banal et fade, sans excitation et sans passion.

Dans cette fameuse scène de Star Wars, combien de fois Leia a-t-elle dit non?

J’ai découvert le « mouvement » safesex, une prise de position qui cherche à rétablir la saine sexualité dans les médias, plus spécifiquement safesexbooks, parce que ma voix est dans l’écriture. Moi aussi, je me suis fait prendre dans le piège des scènes torrides, mais si ambigües dans leur message consensuel. Les scènes érotiques de mon roman ne sont pas des fantasmes d’auteur. À force de les écrire, les lire, les travailler, elles perdent leur libido, pour ainsi dire. La scène doit servir à l’histoire si elle veut survivre la réécriture. Mes scènes de sexe sont la plupart du temps des scènes d’amour et de complicité, d’intimité et de mise à nu, de dévoilement de l’âme. Je ne cherche pas de bonbons pour  gaver mes lecteurs en calories vides.

Parce que nous ne la voyons plus, la normalité devient marginale, et devient étonnante. Nous avons oublié ce que la réalité peut faire de concrètement puissant. J’ai réécrit un début de scène récemment qui m’a fait repenser consciemment à tout ça, à ce que je viens d’écrire dans cet article. Au premier jet, les deux protagonistes se décodaient du regard, se prenaient en embrassade avec ferveur, consensus non dit mais évident. Scène qui est plausible avec un couple qui se connait beaucoup plus, qui s’envoie les bons codes appris à force de cohabiter. Ici, les protagonistes ne se sont pas encore rapprochés intimement. Ils n’ont pas établi leur langage corporel, ne connaissent pas tout à fait les attentes de l’autre. Alors ça me semblait plus réel de faire une scène qui incluait cette vérification de consentement et d’en faire quelque chose qui éveille au lieu de rebuter. Le respect démontré est l’étincelle finale dans la tension d’attraction qui grandissait jusqu’alors.

— Je… voudr… j’peux?
— Quoâ?
— T’embrasser. Je voudrais. Je peux? finit-il en murmure. » Et le temps se suspend. Elle le tient du regard, il ne cligne pas des yeux. Tout ce qu’il entend est un gémissement retenu, air expulsé avec contrôle. Et la chair si chaude à la lumière diffuse semble s’attendrir, pupilles dilatées, commissure des lèvres relâchées. Rêve-t-il ces réactions trop subtiles? Il désire lui saisir les hanches et la fondre sur lui. Ses paumes patientent sur ses genoux, peau moite et cœur battant. Merime l’enfourche. Il perçoit soudain sa bouche près de la sienne, chaleur femme étendue sur lui. Hésitation encore. Se sentir, humer l’autre et le reconnaitre au sens primal. Nez qui se frôlent presque. Il ne la lâche pas des yeux. « Suis-moâ. » Elle part en direction de son lit pour toute invitation.

Extrait des Dissidents de Narbrocque I. Déferlement, chapitre VI

Bien que certains univers se bercent dans l’imaginaire, il y a une part du réel qui perdure. Tout récit doit être plausible, avec sa logique interne. Comment envisagez-vous vos écrits par rapport à la réalité? Est-elle un boulet ou plutôt lieu de solidité? Cherchez-vous à surprendre par un imaginaire débridé ou plutôt par des réactions si réalistes qu’elles vont étonner par leur marginalité? Les idées reçues survivent-elles votre recherche? Le mouvement safesexbooks vous dérange, vous fait réfléchir?

 

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Ce qui ne cadre pas…

J’ai rejoint et déjoint des groupes Facebook sur la littérature, surtout des groupes portés sur les genres littéraires, ceux de la fiction et de l’imaginaire: les mondes imaginés, comme ce que j’écris. Cependant, mon monde ne cadre pas. Jamais. Je n’arrive qu’à le définir à la négative. Ce n’est pas de la Fantasy. Ce n’est ni historique ni fantastique, encore moins de la science fiction. (Quoique j’ai presque fantasmé l’idée que science dans la scifi pourrait couvrir aussi les sciences humaines, chose qui ne semble jamais effleurer les gens et je risquerais de décevoir mon lectorat.) Ni parallèle à notre monde, réaliste si on accepte une ère irréelle et des terres inexistantes. Ni rien mais tous ça un peu en même temps. Sans l’être.

Je suis toujours en recherche d’un lieu où je pourrais échanger sur les œuvres pour ce qu’elles sont, sans systématiquement avoir à les faire entrer dans un moule prédéfini. Les lecteurs d’un genre pourraient être intéressés par ces histoires hors cadre, qui sait? Un lecteur de scifi aussi, mais sans être déçu de la présentation d’un récit qui serait mal affiché dans un genre ou l’autre.

Un trèfle pas vraiment comme les autres

J’ai donc décidé de foncer, avec ce qu’il m’en coûterait de temps, puisque j’espère un retour riche en échanges. Je lance un groupe Facebook, un lieu de discussion sur les genres de l’imaginaire, mais sans ses frontières, sans ses cadres trop purs pour moi. Je cherche des étranges comme moi, qui ne cadrent pas, qui mélangent, qui ôtent ou ajoutent des éléments non traditionnels. J’aimerais un lien entre lecteurs et auteurs, voire même éditeurs, une zone de rencontre sans ligne éditoriale.

Je souhaite aussi réconcilier ladite «grande» littérature et celle de l’imaginaire, comme si elles ne pouvaient pas faire une, comme si l’on devait sacrifier l’une pour l’autre. Je voudrais faire valoir des oeuvres qui portent avec panache autant le style que l’imaginaire, autant la réflexion qui le rêve.

Si le sujet vous intéresse, le groupe se nommera Dissidents de genres littéraires. Vous avez des idées de discussions, des questions, des sujets à aborder? Allez-y de bon coeur! En commentaire ici ou sur la page du groupe!

 

De l’importance des jurons

Lorsque l’on crée un univers, certains termes doivent être inventés. La magie ouvre le bal à tout plein de fervente créativité, mais aussi les classes sociales, les métiers, les titres des gens. Tout ça est prédisposé au néologisme. Si une faune et une flore naissent dans ce monde, il faut aussi les nommer, la technologie n’est pas à ignorer non plus.
Parfois, on choisit de créer des mots venant d’une langue qui existe dans l’œuvre, elle aussi imaginée. Ça donne de la teneur à l’univers. Parfois, on pige dans la langue existante. Il arrive qu’il faille redéfinir certaines expressions qui n’auraient pas  de sens dans ce contexte fictif. Comme par example dire battre le fer lorsqu’il est chaud si la metallurgie n’existe pas, ou encore ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuer si l’animal n’a jamais existé. Les univers imaginaires, aussi farfelus puissent-ils être, n’excluent en rien la vraisemblance (ce qui semble être vrai). Cette vraisemblance touche aussi les jurons.
Il peut y avoir des simplicités du genre « nom de [insérez le nom d’un dieu de l’univers] », ce qui a le mérite d’être un genre familier et sans grand besoin d’explication anthropologique. Moi, je préfère lorsque l’on fouille un peu mieux dans les mentalités, qu’on creuse un peu les mœurs. Et surtout, qu’on trouve les vrais tabous. Parce que les jurons, ce sont les interdits.
À ce sujet, le vlog de Linguisticæ est riche en explications sur les interjections, je vous le conseille. Il classe les thèmes récurents du juron comme ceci: ce qui est en lien à l’hygiène, ce qui est sacré et ce qui est sexuel. Bref, ce qui est en lien avec les contraintes sociales. Moi, ça, ça me parle beaucoup et de trouver réellement une recherche chez un auteur, au lieu d’une piètre copie fade des jurons actuels — voire même politiquement correct (quel oximore!), ça me réjouit profondément. Parce que le juron est un vecteur culturel.

Ces mots existent en toute culture. Ils ont leur raison d’être, malgré leur connotation excessivement interdite et je dirais même à cause de cela. Les jurons sont des soupapes. Les jurons permettent d’augmenter la tolérance à la pression, le stress, la douleur. Les Mythbusters en avait même fait un sujet d’analyse. S’exprimer, en terme général, permet d’évacuer la tension d’une émotion accaparente. User de mots à connotation sociale très inacceptable amplifie cet effet et donc soulage encore mieux. Plus le mot est dense en interdit, et plus ce qui doit être exprimé est intense, plus le juron apaisera. Il ne règle aucune question, mais il accompagne un retour au calme. Un juron n’est pas un signifiant/signifié comme les autres mots. Il n’est qu’une charge émotionelle.

geste obscène bassate

 

Avec ces bagages, j’ai envisagé la nature des tabous de mon univers. Il y a deux grandes frustrations chez les Narsques: l’hiver et le respect des ancêtres. On peut vite comprendre comment l’hiver peut être source de tourment. À ce sujet, j’ai joué sur le mot névasse, qui est de la neige semi-fondue, celle qui mouille les vêtements lorsqu’il fait froid, celle qui salope tout dans les maisons, sur les routes. Je l’ai abrégé en vasse et j’ai ajouté de la saleté. Sale vasse! ou quelle vasse! s’entend souvent en Narbrocque et c’est l’équivalent de sale merde.

Les ancêtres, on leur doit respect et mémoire, mais parfois, leur vie d’antan indiffère au point de les envoyer promener parce que leur vécu, il a rien à voir avec la frustration du présent. Ce n’est pas un culte aux ancêtres comme on l’entend en Asie, par exemple, mais le respect des défunts existe dans le sens où les anciens, ils ont intégré la terre mère et sont donc omniprésents. Leur experience n’est pas à renier. Cependant, quand la goutte est de trop, boucherie de mes aïeux, ou enfoiré d’ancêtre peuvent surgir. Il y a une contraction, basé sur torieux qui vient de tort à dieu que j’ai copié. Torsaïeux ou forme plus brève torsaïl vient de tort aux aïeux.

Le language va plus loin que les simples mots aussi. Il ne faudrait pas oublier le gestuel. Outre reprendre le gentil doigt d’honneur classique, j’ai décidé d’inventer des gestes obcènes dont un en particulier représente bien un trait culturel d’un groupe. Dans les Dissidents, les Bassates, société misandre, aime bien mettre l’index et le majeur en l’air, bien droit, et prendre de l’autre main la paume ainsi dressée. Le geste signifie clairement à l’élu du message : «je te tiens par les couilles». Rien de moins.

Vous connaissez des auteurs qui étaient savoureux dans leurs efforts de créer des insultes? Vous avez vous-même fait du remue-méninge à ce sujet? Quelles sont vos perles?

Y’en a qui jouent à la tague

Si seulement il s’agissait d’un jeu d’enfant, mais je ne risque pas de jouer au jeu du loup, ça serait trop facile. Alors voilà. On m’a tagué. Et toute la différence entre un tag et une tague se trouve ici: premièrement, il y a un K. sournois et apparamment que y’a une sorte de tag qui est un prix prestigieux. O.o
Éblouissant, n’est-ce pas?
Histoire de K.
D’abord, je tiens à dire mon innocence. Je lisais le blog de C. Kean, que je nommerai K. pour l’anonymat (oupsi) et pour la rime, et je trouvais amusant de lire ses réponses à des questions aléatoires sur les aléas de l’écriture. Eh bein merde, elle m’a tagué. 😲 Onze!?!??! Le jeu consiste à répondre à onze questions (jusqu’ici tout va bien, c’qui compte c’est pas la chute…), mais encore faut-il lancer onze questions à onze autres bloggeurs. J’ai tout de suite senti mon incompétence relationnelle, là. Mais, je te remercie Kean de m’inclure dans l’univers des lancements de balle. Je devrais te taguer en retour, tiens. 😏
C’est le temps de shiner
Quel est l’article de ton blog dont tu es le/la plus fier/fière ?
Soit celui sur la nordicité, parce que ce thème était inconscient dans mon écriture jusqu’à très récemment. Soit celui sur Miliac, personnage, qui avait été très révélateur et que j’avais hâte de partager.
Quel livre lis-tu en ce moment ?

 

C’est une question plurielle parce que c’est connu, lorsqu’on manque de temps, il faut lire douze mille choses en même temps. Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin, pour bien rester dans ce thème de nordicité même au printemps quand tout est fondu. Je lis aussi 10 ans d’éternité, anthologie de la revue Brins d’éternité pour laquelle j’ai un intérêt grandissant. Entre les secondes vides, je zieute aussi Pour une enfance heureuse de la pédiatre Catherine Gueguen, parce que mamanitude oblige, et parfois je reprends la lecture en suspens depuis six mois de The Eagle and the Raven de Pauline Gedge, roman historique sur Bouddica. Ne me demandez pas de critique littéraire sur tout ça, je perds le fil assez vite merci.
Quel est ton mot préféré aujourd’hui ?
Nordicité. J’ai dû déjà l’écrire trois fois? J’aime la forme, qui est plus loin du platonique nordique et qui ne fait pas penser à une équipe mourrue de hockey. C’est le professeur linguiste et géographe Louis Edmond-Hamelin qui a pondu ce terme et qui inclu tout ce qui est au nord géographique, ou les «extensions spatiales» telles que la montagne ou l’hiver, selon wiki. Bref, c’est tout prêt de boréal dans mon cœur.
Si l’écriture était un animal, pour toi, lequel serait-elle ?
La banalité des choses fait en sorte que ça serait un chat. Ça ronronne de rien en arrière-plan, ça se couche sur le clavier quand c’est pas le temps parce que t’as autre chose à faire de plus adulte, ça te réveille en pleine nuit avec des idées toutes fraiches sur le bout du nez, ça mordille sans prendre garde et en plus ça demande l’entretien d’une littière merci-pas-le-temps-de-sortir-dehors-c’est-trop-sauvage. À votre discrétion d’interpréter cette dernière métaphore. Moi-même, je suis perplexe. 😐

 

Avec quelle personne réelle, historique ou fictive, aimerais-tu passer la journée de demain ?
C’est sûr qu’au lieu d’aller travailler… Dans la mesure où je serais pas nulle pour les rapports humains, je pourrais rencontrer Hatchesoup, tiens.

Quand as-tu vu l’océan pour la dernière fois ?
Jamais. C’est quand même pas ma faute si on a un fleuve en crise identitaire qui se prend pour la mer. Il est tellement large et long, il avale l’Atlantique jusqu’à la gorge. Alors, techniquement, je n’ai jamais vu l’océan, mais j’ai vu la mer parce que je parle pas de cette chose mouillée sous les ponts de Montréal, ni même Québec, mais bien l’estuaire du Saint-Laurent où l’on perd la rive sud de vue lorsque la pluie s’en vient. Sel et marée, vent et sédiments.

 

À qui fais-tu lire tes textes en premier ?
De purs étrangers. Les gens loin sont pas gênés, on a droit à la vérité bien en face. Ç’a été un baptême dur à prendre, mais je le préfère à l’indifférence polie de mes proches qui ont pas encore donné de feedback soit dit en passant… Hmmm, je devrais peut-être les rapeller.

 

Si tu devais résumer un de tes écrits sous forme d’un titre de vidéo youtube putaclic, qu’est-ce que ça donnerait ?
Ça donnerait du bitlit cheap et pas trop sain côté droit de la femme. Ok, à go, on se pète la gueule:

 

«Mariage forcé, elle tombe amoureuse de son mari.»

 

«Elle casse la gueule à des armoires à glace!»

 

«L’amant qui disparaissait tout l’temps.»

 

«Une forge pour les vaincre tous!»
(Je devrais tellement me recycler dans ce genre🙄)
Si tu devais partir demain, ça serait pour aller où ?
Dans un écogite pour écrire. (Ou plutôt pour tenter de retrouver un niveau de concentration assez efficace pour reprendre l’écriture). Sinon, la Norvège, Scandinavie, Icelande, ce genre d’endroits exotiques. 

 

Le défaut que tu apprécies le plus chez toi ?
L’acharnement, qui est à l’opposé du lâcher-prise et qui pose problème parce que je suis continuellement en paradoxe. Y tenir mordicus ou apprendre le détachement et être plus serein? Mais l’acharnement c’est bien quand on veut compléter ses projets.
Quelle est la dernière musique que tu as écoutée ?

 

Mon téléphone-réveil-matin qui jouait Empyrium.
Mon tour!
1. Question qui tue: pourquoi avoir commencer un blog?
2. Marcher ou courir?
3. Combien d’heures arrives-tu à consacrer à ton écriture/création par semaine?
4. Quel thème récurrent se retrouve inévitablement dans tes œuvres?
5. As-tu des personnages que tu ne comprends pas?
6. Parmis ceux qui ne sont pas mort-nés, quel est ton plus vieux projet d’écriture?
7. Tu préfères écrire/créer le matin ou le soir?
8. Envisages-tu d’autres projets artistiques à part l’écriture?
9. Quelle musique te fait tout l’inverse de l’inspiration?
10. Du type hiver, printemps, été ou automne?
11. Le matin, il faut te parler à partir de combien de café/thé/jus matinal qui réveille?
Et je connais que peu de blogueurs, je vais donc sacrifier un agneau à la place avec ces quelques noms qui devront impérativement jouer le jeu. Nola ViruahelyaSoleil Bleu, euh… bah voilà. J’arrête là, sinon je doubletag des gens de la liste de K. Et je suis pas cruelle. Pas tout à fait.

Nordicité et toutes ces sortes de choses exotiques

Étrangement, j’en ai pris conscience seulement récemment. Ma nordicité. Et son omniprésence dans mon écriture. Et depuis, je m’intéresse tendrement à ses vents et ses silences de tombe.
L’hiver, même quand on l’aime pas
Je n’ai jamais particulièrement aimé l’hiver. Je ne fais pas de sport, ne randonne pas sous les bois en raquettes ou en ski, me cache rarement dans un chalet givré, collée au foyer. Et pourtant, je ne suis pas de ceux qui s’en plaignent pendant six mois non plus. Je prends l’hiver comme il vient. Ses froids, ses chaleurs aussi fortement incongrues, ses impossibilités à marcher le pas franc. Je ne crains pas ses rues mal déneigées, ses trottoirs glacés, le sel qui poussière tout et même plus. Sa noirceur me pèse un peu, mais novembre gris est plus lourd qu’avec un manteau blanc. Je m’encabane et attends la fin, et les dernières neiges me semblent aussi belles que les premières, pour bien d’autres raisons. 
J’ai naturellement inscrit cette neige dans mes pages (et quand ça fond, houla…). Elle est une part de mon quotidien, la moitié de ma vie. Elle régule le temps autrement que son antipode estival. Froid, noirceur, silence et blancheur. Il est impossible de ne pas être forgé par l’hiver. La nordicité est mal acceptée dans mon pays. On la nie, on la méprise ou on la fuit. Bornés à suivre un rythme hérité qui ne correspond pas à notre nord. Nous ne sentons pas sa lente pulsation qui suggère, juste comme ça, de prendre plus notre temps. 
J’ai lu quelque part, il y a fort fort lointain, que ma nation, sa culture, avait plus de liens avec les pays nordiques — tels que la Russie ou la Norvège — plutôt qu’avec nos pays d’origine comme la France ou l’Angleterre à cause de son climat boréal. Ce territoire qui nous moule à son temps. Je ne suis même pas étonnée. 
J’ai souvent remarqué une tendance chez les écrivains débutants ou amateurs de placer leur histoire dans un environnement issu de la culture américaine. On comprend l’influence, certes, mais ça me désole toujours. Écrire ce que nous connaissons, c’est aussi écrire sur notre territoire. J’ai réussi à comprendre l’attrait de mon pays lorsque j’ai compris son exotisme… vu par d’autres. Me parler de désert, de vie de montagne, de rizière est pour moi autre chose d’inconnu et d’attrayant. Ma nordicité est donc exotique pour quelqu’un venu d’ailleurs. 
À présent, je veux la décrire, la tourner sur toutes ses coutures, l’explorer. Je la veux symbole et je la veux ambiance. Je la veux à la fois antagoniste et maternelle, l’épreuve du feu par la froidure et silencieuse autant que ces tempêtes geignent. Je la veux sans la justifier. Elle croît de plus en plus dans mon œuvre des Dissidents et j’embrasse toute son amplitude. 
Avez-vous de ces thèmes dans vos récits qui sont omniprésents, qui donnent l’ambiance ou qui sont même récurrents dans vos œuvres? Des sous-thèmes qui vous habitent particulièrement? De ceux que vous aviez inconsciemment intégrés sans même vous en rendre compte?

Les Dissidents, un premier contact

Voici mon projet principal : Les Dissidents de Narbrocque. Dans un genre indéfini de l’imaginaire, l’univers ici est réaliste. On est plongé dans un monde très rustique, sans magie, quelques technologies rudimentaires. Et des forêts boréales denses, la toundra puis la mer, oui, la mer. Une terre où les plus grosses communautés ont de huit cents à milles âmes. Les rapports humains sont plus personnels, la hiérarchie moins dissonnante. Alors pourquoi la dissidence ? Ah mais, tout ce beau monde a des voisins en désaccord.
On croise principalement quatre personnages — et leur entourage — qui nous feront voir par proximité très intimiste l’évolution d’une période charnière de leur histoire nationale. Cette nation, Narbrocque, est naissante, fragile et surtout sous tension constante entre deux empires à couteaux tirés.
Il y a d’abord Merime, jeune veuve avec deux enfants, qui s’apprête à s’unir à Miliac, leur mariage formant le sang de l’alliance entre deux régions pour renforcer le territoire de Narbrocque. Elle, représentante de sa région au conseil, plutôt refermée et toujours en deuil ; lui, désintéressé des jeux politiques, il préfère voyager dans ce pays qu’il aime tant. Une camaraderie grandissante — ou pas selon qui parle — qui aura de plus en plus d’influence dans les hautes sphères décisionnelles.
Ensuite, loin des mécanismes socio-politiques, mais en en subissant les conséquences, il y a Vièle, une jeune femme d’armes, énergique et sensible, accompagnée de son forgeron, Loec. Lui, il est tranquille, manœuvrant le fer, le redéfinissant. Le visage du pays qui change, ce sera leur quotidien.
Une œuvre qui s’étend sur 20 ans, en quatre vagues — ouais parce que tomes ça me va pas et que ~vague~ déjà ça colle tellement mieux à mes sous-titres ! — euh donc, une quatrilogie oui, dont le premier jet achève. Avec des thèmes tels que l’amûûûr hein, oui, mais celui qui dure, le sexisme, la part des rêves et le cout de la réalité, le deuil, les frontières qu’on se donnent et les conséquences lorsqu’elles tombent. Un peu d’animisme, un peu d’humour et de gore, un peu de philosophie ou de réflexions sur le sens de vivre. Un peu ou beaucoup de tout. Les ressemblances et les différences culturelles, etc. Une histoire humaine où l’antagoniste est l’autre, ou est soi.
Ils seront dissidents en ce sens où leur route devra inéluctablement diverger de celle apprise par leurs ancêtres. La question au coeur du problème est : jusqu’à quel point peut-on accepter l’autre et jusqu’où le doit-on? La limite des sphères identitaires est fluide. Ce roman ne prétend en aucun cas régler l’interminable et fragile question.
À venir, donc…
MdA