Inclusion épicène non sexiste

Mars, mois de la francophonie

Il était une fois l’idée d’une écriture inclusive. Sauf que… elle était déjà là avant qu’elle soit là. Vous m’suivez? Il y a eu une prise de conscience en France dernièrement lorsque celle-ci lançait officiellement sa méthode inclusive et comme n’importe quoi lorsqu’il s’agit de langue et de son code, les discours se sont enflammés.

Pas d’hier, ni d’avant-hier

Le temps a coulé sur l’eau des ponts, les têtes chaudes ont respiré un peu. Et la Suisse, le Québec et la Belgique — même le Luxembourg — ont cligné des yeux. Euh. Je veux pas faire du France Bashing, mais l’hexagone était en retard sur ce coup-là. Et pis, c’pas comme si on écrivait pas déjà des (e) partout.

Dès les années 80, des propositions sur une écriture épicène circulent et ont effectivement été adoptées. Plusieurs pays ont fait leur recette. La raison profonde, au tournant du siècle, de ce besoin est plus que linguistique. Tout est toujours plus que linguistique, de toute façon, c’est pourquoi les questions de langue deviennent systématiquement polémiques au quart de tour et que les débats réchauffent les gorges.

À toutes les sauces

Je crois qu’il y a malentendu. On voit de plus en plus de textes qui se tâtent à cette écriture inclusive. Sauf que, la façon que je l’ai comprise, cette écriture est d’abord et avant tout utilisée pour les textes administratifs, légaux, officiels. Le but est de faire des textes clairs sur la question à qui s’adresse ce contenu. Lorsqu’un texte officiel stipule que citoyens et citoyennes doivent payer les taxes, c’est un peu pour dire que ni les hommes ni les femmes en sont exclus basé sur leur genre.

écriture épicène
Photo: Michael Prewett

C’est aussi un outil social pour ouvrir un peu les consciences au possible. Si on précise les infirmières et les infirmiers, c’est bien parce qu’on veut mettre l’accent sur les deux, qu’il ne faut pas présumer qu’il n’y ait qu’un genre au métier. Que ce cadre professionnel inclut tout le monde. Là, ça touche aussi la féminisation des titres, qui sont utilisés depuis fort longtemps aussi. Même officiellement, n’en déplaise à l’académie.

«Les textes suivis offrent suffisamment d’espace pour intégrer les doublets complets. Toutefois, étant donné que la rédaction épicène s’avère trop souvent mise de côté au profit du masculin générique par manque de place, l’Office québécois de la langue française juge que l’emploi des doublets abrégés est une option acceptable dans les contextes où l’espace est restreint.»

Banque de dépannage linguistique

Le malentendu est, je crois, que l’on pense que cette écriture doit être appliquée partout. Texte littéraire, texte manifeste, texte scolaire. Comme s’il nous était impossible de continuer comme avant. Il y a confusion entre l’importance de marquer la présence des femmes dans les textes officiels et celle de tous les jours.

Représentation de la femme

C’est pour redonner la place de la femme dans la société, dans ces zones officielles, dans les zones professionnelles et fonctionnelles que l’écriture inclusive a son importance. Lorsque l’on mentionne épicène, l’on insiste sur la notion que l’homme n’est pas le seul représentant d’une réalité sociale. C’est une recherche du neutre (architecte, secrétaire, spécialiste, mot sans conflit de genre), une attention à ne pas parler seulement d’un genre. Lorsque l’on parle d’inclusion, il est question, pour les mots à teneur genrée (agent, directrice, homme et femme d’affaire) de démontrer leur éventail complet, et non pas se restreindre à un seul genre automatiquement.

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Il ne s’agit pas de créer une forme neutre. Il ne s’agit pas (encore) d’y inclure d’autres genres non binaires. La forme docteur.e n’est pas neutre, elle est double. C’est une abréviation, un raccourci. Une forme technique pour des textes techniques. La langue sera toujours et avant tout orale. La forme écrite sera toujours un code approximatif de celle-ci. Directeur.trice, représentant.e, conseiller.ère sont imprononçables à moins de les dire séparément. C’est ça l’idée d’un raccourci.

Féminin amenuisé

Si on analyse le français, si on l’analyse vraiment avec un regard scientifique et non un paquet d’émotions et d’attendrissements liés à notre forme d’expressivité, on se rend compte que le français marque de moins en moins le féminin (et le pluriel, tant qu’à faire, mais passons pour cette fois). Nombre de e muet, nombre d’accords indistincts à l’oral, nombre d’oublis de la part des locuteurs (et si on me parle de paresse, je dois vous référer à la base ici même).

la chambre bleue /blø/, le camion bleu /blø/
la pomme que j’ai mangée /mãʒe/, le chocolat que j’ai mangé /mãʒe/
mon amie /ami/, mon ami /ami/

Est-ce à dire que la femme disparait? Ou est-ce à dire que les genres disparaissent. Parce qu’ici, si le féminin est effacé, c’est aussi que le masculin n’existe plus. Il y a une forme neutre, une forme épicène naturelle qui se construit peu à peu en français. Si on laissait aller un peu cette lancée, on serait émerveillé, je crois, par sa créativité.

Est-ce à dire que le féminin se plie au masculin? Que par défaut, le genre masculin est la forme normale à laquelle le féminin doit se soumettre encore et toujours? Ou est-ce qu’on oublie pas un peu que le genre grammatical n’a rien à voir avec la condition des individus qui parle une langue? Pourquoi le masculin serait la forme neutre et pas l’inverse? Par économie linguistique. C’est un phénomène courant, qui a forgé bien des langues et ce phénomène est récurrent. Autrement dit, il ne cesse de faire pression. Dire ami et non amieuh est une économie. Dire mangé pour manger, mangée, mangées, mangés est une économie très judicieuse et une manière de régulariser un verbe. La langue cherche naturellement à être efficace.

féminisation
Photo: sergio souza

Mais n’ayez crainte; tout ne se neutralise pas. On dit bien un enfant, une enfant, le docteur, la docteure, ce spécialiste, cette spécialiste. En français actuel (hello 21e siècle), la nécessité de conserver le féminin et le masculin demeure et pour cela elle est marquée de plus en plus que par le déterminant (défini, indéfini, possessif, toussa). Il n’est plus nécessaire, toujours en français actuel, de faire flexion à la fin des substantifs et des adjectifs pour maintenir les genres. Tout retombe sur le déterminant. Il en va de même pour le pluriel/singulier, c’est à dire à quel point ça n’a rien à voir avec le genre des individus en chair et en os.

Ce qui change en ce nouveau siècle est la nécessité des femmes de faire partie de l’histoire, de montrer leur présence dans les corps professionnels, dans les positions sociales, dans la société. De ne plus être ignorées, mises de côté, oubliées. Les femmes revendiquent la place qui leur est due. La féminisation des titres est l’exemple par excellence. L’écriture inclusive aussi. Nous existons et nous passons à l’histoire, voilà le message.

Je vous invite fortement à visionner le compte rendu de Linguisticæ à ce sujet. Sa rubrique vidéo date de bien avant l’officialisation des titres féminins par l’académie, mais le propos demeure d’actualité.

Et que le féminin l’emporte…

Peut-être en viendrons-nous à user de la forme féminine au sens neutre, général, comme l’a fait Vonarburg dans son très notoire Chroniques du pays des mères? Un féminin qui l’emporte sur le masculin. Encore cette idée de dominer (qui est d’ailleurs, dans ce livre, remise en question). Si reprendre sa place bafouée par l’histoire est de faire les mêmes conneries, je ne suis pas chaude. Si le féminin l’emporte, mais l’emporte réellement, ce sera d’arriver à ce point où le genre ne sera plus polémique. Ce sera ce moment où l’immense diversité des genres cassera d’elle-même la valeur que l’on accorde à cette catégorie. Que le féminin l’emporte avec lui.

Ceci conclut le dernier volet sur le mois de la francophonie. J’espère que vous avez aimé. Vous avez d’autres sujets qui pourraient être intéressants de décortiquer? Vous avez une opinion? Faites-moi-le savoir en commentaire!

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Quand les noix se réveillent

Mars, mois de la francophonie
8 mars, jour international des droits de la femme

Journée parfaite à double thème.

J’ai choisi d’utiliser auteure avec un e bien muet. Parce que j’en ai le choix, parce que j’en ai le droit, parce que j’en ai la possibilité. Qu’on aime, qu’on aime pas, qu’on préfère autrice ou auteur, qu’on trouve laid ou insipide ou rien pantoute1, qu’on… en vrai, on s’en fout. Le 8 mars, jour des droits de la femme et mois de la francophonie, que valent nos décisions linguistiques?

Académie de vieilles noix

Il était une fois l’Académie française. Dans un contexte où le français désirait tant tellement se montrer digne de sa mère latine (voir La rectification), l’Académie a vu naitre le jour sur elle. Son mandat: «La fonction principale de l’Académie sera de la  [langue française] travailler avec tout le soin et toute la diligence possible à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences.» wiki La vocation est belle. Oui, il fallait et il faut encore se donner un cadre de référence pour s’entendre sur les mots, leur usage et leur sens. Cependant, il s’agit ici de langue soignée, du registre plus prestigieux. Il ne faut pas s’y méprendre et considérer que tout ce qui est de l’ordre du quotidien, du familier, du régional soit aussi soumis à ce standard. Et surtout de croire que ces registres de langue soient illégitimes.

féminisation des titres

Y’a aussi le mandat de la pureté, on se le dira, qui est un peu défraichie et qui sonne très mal à notre époque. Pureté selon quoi? Que doit-on éliminer? Vous connaissez de bons vins qui soient sans impureté et qui soient buvables? Des thés, fromages, herbes? Des gens dont la lignée est pure, le sang homogène, sans handicaps, sans faiblesse, sans gamètes étrangers? Ça peut aller très loin.

Mon biais, vous l’aurez vite senti: je n’aime pas l’Académie. Vous voilà informés. Je ne l’a porte pas dans mon coeur parce qu’elle boude trop souvent les francophonies hors hexagone. Elle lève le nez sur les femmes, les régionaux, les langues secondes en français, les mots des cités, les mots du terroir. Elle est lente, elle est conservatrice.

L’Académie française a fait la une récemment. Dans sa grande sagesse séculaire, elle accepte enfin la féminisation des titres.

Ok. Bravo.

On vous l’avait pas dit? les gens l’utilisaient déjà depuis belle lurette. Depuis des décennies en fait, voir des siècles (si on écoute un peu ce que la Suisse a à dire sur le sujet en vrai.) Où est-ce que je veux en venir? Malgré mon biais bien gras contre l’Académie, l’important ici est de comprendre ce détail: l’usage gagne TOUJOURS. Oui, chaque fois, même si ça prend des siècles.

variation linguistique
Photo: Craig Whitehead

C’est comme les sentiers sur les campus. Un jour, quelqu’un finit par cimenter les chemins étudiants et rendre la route officielle et digne d’entretien. Les gens vont toujours faire à leur tête. Même s’ils sont rebelles et dépravés de ne pas suivre ce que l’architecte a prévu pour eux. (L’architecte qui pourrait être une femme, tavu, mot neutre par excellence!) Le pavé officiel est la langue soignée. Les sentiers de terre tapée sont la langue quotidienne.

Un seul mot pour les contrôler tous

Il y a cette rumeur en français, cette insidieuse perniciosité à croire qu’il n’y a qu’un mot et un seul qui doit prévaloir au détriment des autres. Que les synonymes ne sont jamais parfaits, qu’il va éventuellement falloir choisir de toute façon. Vous vous souvenez de chocolatine et pain au chocolat? Douloureux souvenir, j’en conviens. Mais voilà. Ma question est pourquoi choisir? Pourquoi pas les deux. Simultanément. Selon l’inspiration du moment, ou la région, ou l’instruction, ou la nuance que chacun veut bien choisir.

synonymie
Photo: 浮萍 闪电

Les droits de la femme sont ceci (en gros): avoir le droit de choisir. Chocolatine, autrice, tuque, girafer, mère, polygame, vierge, cheveux courts, poils, voile… même si vous n’êtes pas une femme. Plus nous étudions la nature, plus nous apprenons que sa force, sa vitalité, vient du fait qu’elle est hétérogène. La diversité maintient la vie. C’est fort. C’est même la raison profonde de cet article.

Auteure autrice

J’ai donc choisi auteure, e muet bien frappé. Pourquoi, principalement parce que dans mon pays, il prédomine. Je boude autrice? Pas du tout. J’aime autrice aussi parce qu’il porte franchement sa féminité dans sa sonorité. J’aime auteure parce que la sienne est subtile. Je pourrais dire auteur tout court en fait, ce n’est pas tant grave. Je pourrais un jour décider de me dire autrice, ou dire les deux, ou rien pantoute. Moi, femme émancipée, libre de mes choix et assez intelligente pour être une personne autonome, je peux, merde, changer d’idée? Oh. My. Gode(miché). Où s’en va le monde.

Je ne crois pas que le débat de l’égalité s’y trouve. Pour ma très grande part, je suis d’accord avec Linguisitcae lorsqu’il suggère qu’une société qui n’a plus besoin de marquer le genre dans sa langue est souvent une société qui est inclusive (j’ai perdu la source exacte, priez pour moi). Voilà. Ce qui m’amène à vous parler du prochain article qui portera sur l’écriture inclusive… mais pas tout de suite.

Il n’y a pas de polémique à savoir ce qui devrait être gardé ou non. La question est: pouvons-nous laisser les femmes, adultes émancipées et indépendantes de pensées, choisir ce qu’elles veulent? Les préférences personnelles ne sont pas des arguments contre les autres. Ils sont des préférences. Inutile de rabaisser les choix de l’autre pour faire valoir les siens. Les femmes vont choisir ce qu’elles veulent. Point. Sans e muet.

Article connexe: Glottophobie et pis quoi encore?

Comment avez-vous pris la nouvelle de l’Académie? Est-ce que vous trouvez la réaction des gens, peu importe leur opinion, raisonnable, inquiétante ou non avenue? Comment voyez-vous le français du 21e siècle, quelles tendances, quels changements majeurs?

Billet suivant: Inclusion épicène non sexiste

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1 pantoute: (souvent pour renforcer une autre négation) Du tout, pas du tout, aucunement, absolument pas. 1880 d'après la prononciation de pas en tout. -- Dictionnaire en ligne Usito, Consulté le 1 mars 2019 https://www.usito.com/dictio/#/contenu/pantoute.ad