De cercle en cercle

L’an passé, alors que j’allaitais encore beaucoup et que j’écrivais comme je pouvais du bout d’un pouce sur mon téléphone et que de l’autre main je caressais la tête de mon tout petit garçon qui s’endormait, cette année-là, donc, j’ai eu l’envie de commencer un blog d’auteur. Bah, je l’ai fait.

Et si j’ai écrit souvent d’un seul pouce alors que le reste de mon corps s’endormait en même temps que mon fils dans mes bras, j’ai quand même su garder le rythme de départ que je m’étais donné: c’est-à-dire, un article par mois. Je dirais, avec tout le recul et la magnifique et ravissante sagesse accumulée que j’ai depuis, bein, je changerais pas ça. Non. Je pourrais pas écrire plus même avec des doigts rapides de super héro. Ce rythme me sied à ravir! Mon garçon fait moins de sieste qu’avant pour me laisser souffler un peu, et il fait des dents, ou une toux et il me gruge la seule heure de ma soirée qui était à moi, je ne peux pas écrire plus de rubriques.

 

Mais! Ces autres moments où tout se passe bien, que la soirée s’ouvre à moi enfin et je peux me poser (malgré un cerveau sensiblement désireux de s’endormir), ces instants rares mais de plus en plus possibles, je les passe à la réecriture. J’ai décidé de ne plus m’acharner sur la complétion de mon dernier tome. (Enfer et damnation! Faire la réécriture avant de terminer le premier jet?!? C’est un piège, sauve-toi, sauve les meubles, sauve ton âme!!) Je réécris, du début pour pouvoir ré-arranger les changements narratifs qui ont eu lieu au fil du temps. Si mon dernier volume tarde tant à naitre, c’est probablement paece qu’il coince en arrière et j’ai des nœuds à dénouer.
Alors je souligne donc l’aventure annuelle par un autre billet mensuel, le prochain étant dans mes vacances à venir. Mais qu’est-ce que des congés avec un jeune enfant? Je vous dirais pas que c’est plus de temps pour écrire…
Récapitulons, ou capitulons, c’est selon. Mon tout premier article était ceci, mon plus nul était apparement celui-là et mon plus populaire en terme de lectorat et de commentaires était celui-ci. N’est-ce pas fabuleux? Non pas tant, qu’une rétrospection de l’an passé. Ah, j’ai bien un billet hors série avec le Sunshine Blogger Award que j’ai reçu récemment… et ça ne semble pas s’arrêter là. Mais pour l’instant, le premier cycle est complété.
En espérant vous avoir encore pour une autre année!
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Un Roussard qui change toute la fin d’une histoire

Dernièrement, j’ai finalement compris Miliac. J’écris les Dissidents depuis 2012 et ce personnage vient tout juste de réellement connecter avec moi. Qu’est-ce qui a fait le pont? Une lecture…

J’ai voulu en faire un voyageur, celui qui cherche l’autre et qui s’en intrigue. Un curieux du genre humain, mais du type de ceux qui prennent contact avec les gens et qui s’en nourrissent. Complètement hors de moi. Je suis introvertie, lui pas. Je n’arrivais juste pas à le cerner. Il me posait des questions alors que c’était à moi de le connaitre. Il m’a semblé longtemps un éternel errant dans mon roman.

Miliac à'Jayen de la Narse
Miliac, un voyageur

J’avais bien capté quelques traits de sa personnalité. Dès sa naissance, il s’est senti de trop, cherchant à aider les autres à trouver leur place dans leur vie, sans savoir comment trouver la sienne. Il est angoissé d’un rien, il change d’humeur au quart de tour, le plus souvent du monde bienveillant envers les autres, même s’il s’emporte et se repose le temps de sourciller. Je le trouvais fade et trop « parfait », ou alors j’étais incapable de voir sa force et son combat dans l’histoire.

Puis une lecture. Euh non.[scratch that last]. Un Ted Talk avant une lecture portant sur la défiance politique. Miliac a tout de suite trépidé en moi, il me pointait du doigt cette conférence en disant : c’est à ça que j’aspire! Tout juste après, dans l’heure, j’achetais le livre de Gene Sharp: From Dictatorship to Democracy: A Conceptual Framework for Liberation. Et tout au long de la lecture, je voyais Miliac prendre des notes. Alors je m’suis dit, moi aussi, tient. Ma copie est maintenant surlignée d’orange fluo avec en souvenir mes heures d’étude du temps où je faisais des recherches à l’université. Que de nostalgie. 😔 Entre les derniers pleurs du jour de mon garçon épuisé et mes courtes soirées devenues trop rares, je sentais mon cerveau entrer en ébulition enfin!

Article complémentaire Prendre rendez-vous avec son personnage

La défiance politique est cette arme fascinante d’une population asservie qui reprend le contrôle — et ce sans violence — d’un système oppressant pour le détruire et instaurer un nouveau régime démocratique. J’ai eu le vertige. Miliac voulait tenter sa chance avec cette technique. Il disait que tout l’apprentissage de sa vie l’y menait. C’est là que je l’ai compris. Et que j’ai aussitôt vu la fin de ma saga complètement se transformer. D’où le vertige. Mais je ne peux revenir en arrière, Miliac et moi on a cette nouvelle connexion qui me mènera loin.

Du petit garçon qui se sentait de trop, voilà que je découvrais l’homme qui allait changer la destination de tout un peuple. Il a trouvé sa place dans l’histoire. Et l’a chamboulé, le vilain.

Pour ceux qui écrivent, vous arrive-t-il de devoir refaire au complet votre plan? Avez-vous eu des personnages durs à cerner, mais qui au final portait une clé essentielle à votre histoire? De quelle façon ça s’est manifesté? Et ceux qui lisent, quelle histoire vous a amené ailleurs sur la compréhension d’un personnage?

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Nordicité et toutes ces sortes de choses exotiques

Étrangement, j’en ai pris conscience seulement récemment. Ma nordicité. Et son omniprésence dans mon écriture. Et depuis, je m’intéresse tendrement à ses vents et ses silences de tombe.

Je n’ai jamais particulièrement aimé l’hiver. Je ne fais pas de sport, ne randonne pas sous les bois en raquettes ou en ski, me cache rarement dans un chalet givré, collée au foyer. Et pourtant, je ne suis pas de ceux qui s’en plaignent pendant six mois non plus. Je prends l’hiver comme il vient. Ses froids, ses chaleurs aussi fortement incongrues, ses impossibilités à marcher le pas franc. Je ne crains pas ses rues mal déneigées, ses trottoirs glacés, le sel qui poussière tout et même plus. Sa noirceur me pèse un peu, mais novembre gris est plus lourd qu’avec un manteau blanc. Je m’encabane et attends la fin, et les dernières neiges me semblent aussi belles que les premières, pour bien d’autres raisons.

vue sur conifères
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J’ai naturellement inscrit cette neige dans mes pages (et quand ça fond, houla…). Elle est une part de mon quotidien, la moitié de ma vie. Elle régule le temps autrement que son antipode estival. Froid, noirceur, silence et blancheur. Il est impossible de ne pas être forgé par l’hiver. La nordicité est mal acceptée dans mon pays. On la nie, on la méprise ou on la fuit. Bornés à suivre un rythme hérité qui ne correspond pas à notre nord. Nous ne sentons pas sa lente pulsation qui suggère, juste comme ça, de prendre plus notre temps.

J’ai lu quelque part, il y a fort fort lointain, que ma nation, sa culture, avait plus de liens avec les pays nordiques — tels que la Russie ou la Norvège — plutôt qu’avec nos pays d’origine comme la France ou l’Angleterre à cause de son climat boréal. Ce territoire qui nous moule à son temps. Je ne suis même pas étonnée.

Article en lien : Les Dissidents, un premier contact

J’ai souvent remarqué une tendance chez les écrivains débutants ou amateurs de placer leur histoire dans un environnement issu de la culture américaine. On comprend l’influence, certes, mais ça me désole toujours. Écrire ce que nous connaissons, c’est aussi écrire sur notre territoire. J’ai réussi à comprendre l’attrait de mon pays lorsque j’ai compris son exotisme… vu par d’autres. Me parler de désert, de vie de montagne, de rizière est pour moi autre chose d’inconnu et d’attrayant. Ma nordicité est donc exotique pour quelqu’un venu d’ailleurs.

baies rouges, noir&blanc
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À présent, je veux la décrire, la tourner sur toutes ses coutures, l’explorer. Je la veux symbole et je la veux ambiance. Je la veux à la fois antagoniste et maternelle, l’épreuve du feu par la froidure et silencieuse autant que ces tempêtes geignent. Je la veux sans la justifier. Elle croît de plus en plus dans mon œuvre des Dissidents et j’embrasse toute son amplitude.

Billet complémentaire Chercher des Noises

Avez-vous de ces thèmes dans vos récits qui sont omniprésents, qui donnent l’ambiance ou qui sont même récurrents dans vos œuvres? Des sous-thèmes qui vous habitent particulièrement? De ceux que vous aviez inconsciemment intégrés sans même vous en rendre compte?

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Prendre rendez-vous avec son personnage

La première idée que j’ai eu envie de suivre sur mon roman était une histoire d’amour, ce qui m’étonne de moi-même puisqu’en général, je n’écrivais pas ce genre d’histoire. J’avais cette question en tête : si, après avoir connu et perdu le grand amour de sa vie, on le rencontre à nouveau, qu’est-ce qui peut arriver? Peut-on le croire, le craindre, le nier ou le vivre pleinement tout simplement? Ce déroulement est tombé sur mon personnage de Merime, femme hermétique — oui plus que moi — qui à un point de l’écriture refusait carrément de me répondre.

Article complémentaire Réécrire, c’est pas chômer

Alors, en toute auteure que je suis, épier son quotidien ou lire le malstrom de ses pensées ne suffisait plus. La piéger l’aurait antagonisée davantage. Il me restait donc la bonne foi: j’ai pris rendez-vous. Je ne pensais pas la rencontrer à toutes ses époques…

J’ai accepté cette rencontre dans un lieu neutre. Pas dans son étude où elle peut diverger vers ses archives, ni chez elle où la besogne l’attend. Pas chez moi. Non, pas chez moi. Le décor contemporain la distrairait trop. Juste penser à la magie d’une ampoule électrique… J’ai donc choisi cette roche-là, lissée par les glaces et chauffée au soleil. Elle aura les pieds dans le sable de son bercail d’adoption.

Les moustiques assoiffés sont raflés par les bourrasques et sur ma gauche, à la limite de ma vision, je vois le feu de sa chevelure. Merime est jeune, comme au début de l’histoire et tellement sur ses gardes. Le dos roide, l’œil alerte à la moindre attaque. Elle sait trop ce que je cherche. « Merime, il va falloir m’en parler bientôt. J’ai une réécriture à faire. » Elle ne bronche pas. L’absence de politesse ne la choque pas, elle préfère, même, ce début sans détour.

Elle inspire sèchement et seul un doigt se tend. « Il fait partie du temps d’avant et n’a rien à voir avec ton histoire. » Son accent roulé aux vocables ronds me fait sourire. Est-ce celui de ma grand-mère ? Il y a si longtemps, je ne sais pas… Son argument est vieux. « Il t’affecte encore et déteint sur toute ta vie.
— Il m’a affectée longtemps, c’est vrai. » Sa voix est soudainement décontractée et son visage usé, des mèches blanches marbrent sa chevelure plus sobre. Elle est plus âgée que moi, peut-être de cinq années, elle glisse sur le temps sans jamais me répondre. La même fuite. « Il a pas d’importance.
— Tu m’as déjà dit ça. C’est tout ce que tu m’dis, toujours. Alors pourquoi lui avoir laisser plus de place qu’il ne devait ? C’est le père de tes deux ainés, tu le vois dans les yeux de Fhélly, toute ta vie, tu le vois. Il n’est pas rien pour avoir fait de toi un mur. » Elle se cabre et la jeune femme renfermée se redessine. Ses traits sont plus tendus que la femme âgée.

Je n’ai pas le doigté de Miliac. Elle n’a surtout pas la même attente envers son auteure qu’envers son dernier mari. Je souris, amusée, puisque je sais exactement son ressenti pour lui. Je la vois déglutir de désapprobation puis regarder la mer fusionner un ciel sur terre. Le temps passe sur elle comme tant de sel. Merime mûrit encore un peu, mais moins que tantôt. Fin trentaine, épuisée, hagarde et je sais ce qui mine son tourment. Je voudrais lui dire que tout passe, tout se replace. Ce moment dans sa vie l’a rend plus ouverte, facile à percer. Je la laisse s’effriter devant moi.

« Il n’avait rien de particulier, tu sais, quand j’y repense. Un gentil garçon, rêveur ambitieux, mais sans fortes vagues. Si facile à oublier… » Un regret se larme au bord de son œil. « Si facile… Trois années à m’accrocher à lui et puis, tout juste quelques mois avec un nouvel homme… il s’effaçait. Je me suis enragée. Contre moâ-même. J’lui avais tant juré l’incroyable force de mon amour. Que valait mon sentiment ? Que valait aussi ce nouvel attachement ? » Merime couve un rire soudain dans sa gorge et puis la brise maritime use sa peau un peu plus, fait givrer ses mèches auburn. Toute sa tignasse de feu se ternit jusqu’à la blancheur.

Je la rencontre en vieillesse. Veuve à nouveau. Les mains tordues par les nœuds du temps. Il demeure dans son regard absent le noir abyssal de ses iris. L’œil ne change jamais. Je sais sa mémoire défaillante, mais elle semble me visiter à un moment lucide. « J’ai jamais su faire confiance à mes ressentis. Oh à présent, je les cueille tous comme ils sont, mais autrefoâs, ça m’faisait biaucoup peur. Parce qu’on n’a pas contrôle, tu voâs ? On fait ce qu’on croit du monde. On est tous ainsi maladroâts. » La vieille dame sourit puis le temps de cligner des paupières, elle s’ébahit devant la mer nouvelle. Une enfant, un tout premier regard naïf sur les flots. Je la vois alors s’égarer dans sa sénilité.

Et elle reprend ses couleurs comme un feu à l’écorce. Ses lèvres se regorgent de chaleur, ses cheveux s’enflamment. L’œil noir, fixé sur moi. Elle a la fin vingtaine. « Je veux pas perdre la capacité de ressentir autant. Je ne veux pas le perdre, lui, celui qui m’a montré que j’étais possible. De chair, de passion, de sang.
— C’que tu vas revivre avec ton nouveau mari, que je lui souligne. Qu’est-ce que tu m’racontes ?
— Mili ? Mili lui, il m’a fait peur. Dès nos débuts, précise la trentenaire. J’ai pressenti la même mutilation de l’âme. Mais surtout, surtout si j’ai eu autant de souffrance pour un homme tout compte fait assez… futile, Miliac m’annonçait bien pire comme écharnage. Alors j’ai mis mon défunt mari entre nous pour jamais oublier. M’accrocher à lui me faisait croire que j’étais vivante.
— J’étais sotte, quelle perte de temps, termine la femme grisonnante. » Merime se lève et marche sur la rive. Les empreintes dans le sable se changent à celles d’une enfant.

Avez-vous déjà donné rendez-vous à un de vos personnages? Est-il seulement venu? Est-ce que certains s’invitent sans même se préoccuper de vos obligations quotidiennes?

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Et ainsi je devins ubique

Comme j’ai décidé moi-même d’être divine, il me suffisait d’être partout. C’est pourquoi je me lance dans cette idée folle — après avoir fait un site web, une page Facebook, une présence sur Twitter, YouTube — de faire un blog. Vous remarquerez mon égo simple et à peine plus enflé que ma tête. Ne vous en faites pas, je suis très parfaitement ironique.

Donc, un blog d’auteur plus précisément, dont la ligne éditoriale est encore floue. Je pense profiter de cet espace pour poser mes réflexions d’écrivain et parler du développement de mon gros projet en cours — nommé Les Dissidents de Narbrocque.  Comme je suis divine (à n’en point douter), j’ai aussi des idées de génie qui passent et que parfois je suis assez habile pour attraper. La dernière étant d’ouvrir mon blogue à mes personnages. Oui. Je ne sais pas encore qui va bien répondre à l’appel, mais ce serait sympa qu’ils échangent eux aussi.

Lien complémentaire Page à propos

Quoi ça, qui suis-je ? La noble prétention de toucher le sacré ne suffit pas ? Arrrrrg. Ok ok, je vais oser parler de mon moi terrestre. Je suis du Québec. De ses forêts boréales infestées de maringouins, de son fleuve trop large où l’on y confond une mer et de ses chaleurs aussi drastiques que ses froidures. Je suis issue de poésie et de travail physique. Je suis curieuse avec un mutisme taquin qui brille aux yeux comme mes pieds nus sous ma jupe colorée. Je suis écrivain, études en main et années de fausses couches créatives. Le métier rentre. Je le façonne et le redonne.

Clap-e-clap. Bravo. Quelle présentation. (Vous avez vu ? j’ai pas mis de ponctuations expressives, trop douée la fille.) Un être tel que moi ne devrait pas avoir à… oh ta gueule. La double personnalité, quelle banalité. Je vais donc conclure ici, avant de perdre la course contre mon cerveau.

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